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Une station de traitement des eaux en Allemagne

L'eau privée des Anglais

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Le ministre britannique de l'environnement a dénoncé dans un récent discours les pratiques de l'industrie de l'eau outre-manche. Privatisée en 1989 par Margaret Thatcher, la gestion de l'eau britannique nous interroge en réalité sur le fait de voir dans l'eau un bien comme les autres.

Une station de traitement des eaux en Allemagne
Une station de traitement des eaux en Allemagne Crédits : CHRISTOF STACHE / AFP - AFP

Le ministre britannique de l'environnement a prononcé, jeudi 1er mars, un discours lors de la conférence du Water UK, qui rassemble tous les acteurs de l’industrie de l’eau potable au Royaume-Uni.

Il faut se rappeler qu’en Angleterre, la gestion de l’eau a été privatisée en 1989 par le gouvernement de Margaret Thatcher, qui a retiré l’administration aux agences régionales, pour la transférer à des compagnies privées, qui sont aujourd’hui 18 à se partager le marché du traitement et de la distribution d’eau. 

Détenant chacune un monopole sur une région anglaise, ces entreprises sont sous le feu des critiques pour être “plus intéressées par l’ingénierie financière que par l’ingénierie réelle” selon les mots mêmes du ministre de l’environnement, Michael Gove. 

Eh bien, sur les dix-huit entreprises, onze sont contrôlées par des actionnaires étrangers, comme des fonds de pension ou des fonds souverains, dont on peut s'interroger si la qualité des services proposés dans le Yorkshire ou le Somerset, est bien au coeur de leurs préoccupations.

Des milliards de litres d'eau usée dans la nature

Un événement a particulièrement marqué l’opinion publique: en 2017, Thames Water, qui gère notamment l’eau du Grand Londres, a été condamné à plus de 20 millions de livres d’amende pour avoir déversé des milliards de litres d’eau usée dans la nature.

Or il se trouve que cette entreprise est détenue par un groupement de fonds koweitiens, canadiens ou émiratis, à travers un complexe montage juridique et auxquels l’entreprise anglaise a versé entre 2006 et 2015 plus d’un milliard de livres de dividendes. 

Un enjeu politique

Le leader du parti travailliste, Jeremy Corbyn, a d'ailleurs fait de la renationalisation du secteur, son cheval de bataille ces derniers temps. 

C’est donc pour ne pas se laisser damer le pion par l’opposition que le ministre, Michael Dove, a décidé d’adopter un discours très ferme sur le sujet, dénonçant le fait que ces entreprises ont reversé 95% de leurs profits à leurs actionnaires... au détriment d’un réinvestissement ou d’une baisse du prix de l’eau. Or depuis 1989, le prix de l’eau a augmenté de 40% de plus que l’inflation.

Différence notable cependant avec l’opposition:  il n’est pas question d’entendre parler de nationalisation du côté du gouvernement. Tout au plus parle-t-on d’un renforcement des pouvoirs du régulateur. 

Selon Eric Albert, correspondant du Monde à Londres, l’industrie de l’eau balaie ces critiques en expliquant qu’elle a investi depuis 30 ans, 140 milliards de livres dans le secteur.

Mais en réalité, la majorité de ces investissements ont été effectués dans les 1990, avec l’arrivée au pouvoir des travaillistes et de Tony Blair qui avait mis une forte pression sur l’industrie dès son élection. 

La nationalisation n'est pas de saison

Le parti travailliste est aujourd’hui dans l’opposition et l’idée d’une nationalisation reste donc assez théorique, mais les critiques portées par le ministre de l'environnement britannique nous interrogent en réalité sur la question de la gestion et de la propriété d’un bien public comme l’eau.

L’économiste et chercheuse, Fabienne Orsi, parle ainsi d’un glissement historique d’un État garant à un État propriétaire du domaine public, pointant une désappropriation du peuple de ce domaine public, dont il est pourtant censé être le garant et l’usager. 

Cette analyse nous interroge aussi sur le passage à une gestion totalement privatisée de l’eau, dont l'état, censé représenter l’intérêt général, ne serait même plus le garant. Elle nous interroge enfin sur la possibilité de laisser la gestion de biens communs, soumise aux aléas du marché...

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