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Macron écolo ou l'art de la posture

3 min
À retrouver dans l'émission

Suite à la remise du rapport de l'agence de l'ONU pour la biodiversité, le Président Macron a annoncé une série de mesures pour la protection de la biodiversité. Une différence entre les paroles et les actes qui interroge sur la sincérité de cet engagement écologique.

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. Crédits : AFP

Après la remise du rapport de l’agence de l’ONU pour la biodiversité, rappelant la destruction en cours de plus d’un million d’espèces vivantes par l’homme, le président la République était bien obligé, si ce n’est d’agir, tout au moins de communiquer. C’est donc ce qu’il s’est empressé de faire.

Devant un parterre de journalistes triés sur le volet, le chef de l’Etat a commencé son allocution en expliquant que ce qui était en jeu n’était rien de moins que « la possibilité même d’avoir une Terre habitable ». Dans une déclaration d’une vingtaine de minutes, Emmanuel Macron a ainsi  appelé à un changement profond de modèle économique et notamment de nos modes de production.

Le problème c’est que, deux ans après son élection, le bilan du président Macron est loin d’être à la hauteur des nobles enjeux dont il se fait aujourd’hui le héraut. Ainsi le chef de l’Etat a-t-il rappelé sa volonté de se passer du glyphosate à l’horizon 2021. Ce sont pourtant les parlementaires de sa majorité qui ont refusé d’inscrire cet objectif dans la loi, faisant toujours et encore le pari de l’engagement volontaire pour changer les pratiques.

Le chef de l'État a également renouvelé son ambition de lutter contre l'artificialisation des sols. Un objectif qui était déjà compris dans le plan biodiversité présenté en 2018, et toujours sans calendrier, mais qui se heurte surtout à un certain nombre de projets promus par le gouvernement.

Du percement du tunnel Lyon-Turin, à l’érection du monumental centre commercial d’Europacity en passant par le grand contournement Ouest de Strasbourg, le gouvernement n’a cessé d’apporter son soutien à des projets démesurés d’aménagement du territoire, engloutissant sous le béton toujours plus d’espaces naturels au nom du développement et de la croissance.

De nombreuses voix se sont également élevées pour dénoncer la volonté du gouvernement de simplifier les procédures d’autorisation environnementales. Mais ne fuyez pas. Derrière ce vocabulaire bureaucratique et ardu, la réalité est en fait très simple. Le gouvernement prévoit de supprimer par décret la consultation systématique du Conseil national de protection de la nature avant l’autorisation d’un projet d’aménagement de grande ampleur.

Si cet avis n’est que consultatif, il est néanmoins suivi dans la plupart des cas par la puissance publique qui y trouve l’éclairage nécessaire avant d’autoriser ou d’interdire la construction d’une autoroute, d’une grand surface ou encore d’un parc éolien.

Avec le projet de décret, le Conseil serait dessaisie de la plupart de ces consultations, qui seraient désormais examinées par les conseils scientifiques régionaux dont les membres seraient nommés directement par le préfet… représentant de l’Etat sur les territoires. Pas exactement la même chose donc.

Le conseil national ne serait plus saisi que dans un nombre limité de cas, où une espèce menacée d’extinction serait directement mise en danger. Or comme l’explique Médiapart dans un article consacré à cette question, cette liste est pour le moins contestée puisqu’elle n’a pas été actualisée depuis 1999 et ne recense actuellement que 37 espèces, toutes mammifères, oiseaux et poissons de l’hexagone… dont deux qui n’existent déjà plus. Exit donc les invertébrés, les plantes et toute la biosphère des DOM-TOM, pourtant largement menacées.

Comme se désole un membre du Conseil, « la priorité du gouvernement c’est l’aménagement et non la protection de la nature ». L’objectif est donc clair. Il est toujours et encore le même : faciliter, fluidifier, encourager un modèle de développement et d’expansion de l’homme et de l’économie toujours et encore aux dépens du vivant.

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