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Illustration du Capital par Hugo Gellert

La non-mixité en question

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Lors de l'occupation de Tolbiac, un atelier en non-mixité était organisé, provoquant l'indignation des associations antiracistes. Ces ateliers sont pourtant revendiqués comme des espaces temporaires, permettant d'élaborer des stratégies de lutte contre les différentes formes de dominations.

Illustration du Capital par Hugo Gellert
Illustration du Capital par Hugo Gellert Crédits : VITALIY KARPOV / RIA NOVOSTI / SPUTNIK - AFP

Un espace revendiqué d'auto-émancipation

Espaces revendiqués de non-cohabitation, ces ateliers constituent un mode de militantisme caractéristique de certains mouvements féministes, LGBT ou anti-racistes. Le campus de Paris I, transformé en Commune libre de Tolbiac lors du blocage contre la réforme de l’université, proposait ainsi le 17 avril dernier un atelier en non-mixité, dans le cadre de ses cours alternatifs. Finalement annulé, cet événement se voulait un espace de rencontre et de parole, réservé à des groupes perçus comme dominés, et ce, sans les personnes appartenant au groupes des “dominants”. 

Cce mode d’action apparaît en réalité dès les années 1960 avec le mouvement américain pour les droits civils qui décide, au bout de deux ans de lutte, de créer des groupes noirs, fermés aux blancs. Dans les années 70, c’est le MLF qui crée de tels espaces pour conquérir le droit à l’avortement.

Pour la sociologue Christine Delphy, ce type de pratique participe en réalité d’un processus d’auto-émancipation, que chaque génération politique vient à redécouvrir. La lutte des opprimés, par les opprimés, pour les opprimés. Et on a vu ressurgir ces espaces non-mixtes à plusieurs reprises ces dernières années, dans le cadre des groupes de travail de Nuit debout ou lors du festival afro-féministe Nyansapo à l’été 2016. 

Les risques d'une mise à l'écart

A chaque organisation de ces évènement, on voit enfler la polémique, ses adversaires dénonçant une nouvelle forme de ségrégation. On peut d’ailleurs comprendre que ce type d’action heurte la sensibilité de certains, tant il oppose deux visions de la lutte contre les discriminations et heurte le principe d’égalité entre les individus.  

A première vue, ces espaces ont plutôt tendance à nous interroger sur l’efficacité et le bien fondé d’un tel dispositif. On se demande s’il ne va  pas à l’encontre du but recherché, puisque pour s’attaquer aux discriminations de sexe, de genre ou de race, il reproduit des espaces de séparation. 

C’est d’ailleurs ce que dénonce le philosophe François Noudelmann, qui déplore cette logique séparatrice, appelant à défendre la mixité et à “promouvoir les imaginaires de la rencontre, des interstices, des créolisations, des personnalités multiples et des affinités électives”.

Un espace à conquérir ?

Par la permanence et la radicalité qu’il convoque, ce terme ne rend pas nécessairement compte de la volonté de ses défenseurs. Christine Delphy explique ainsi que la non-mixité n’est oppressante que si elle est subie et que si “la mixité constitue un objectif pour les dominés, le chemin qui y mène passe nécessairement par des moments de non-mixité choisie”. 

Elle précise ainsi que la mixité établie dans des espaces comme l’école n’a en aucun cas remis en cause les formes de domination et même de persécution et que devant l’échec de cette forme de rapprochement, il est légitime de développer de nouvelles stratégies. Ces ateliers sont ainsi présentés comme des espaces permettant l’expression libre des populations dominées pour élaborer des stratégies adaptées. 

Le politologue, François Dupuy-Déri explique d’ailleurs que dans l’histoire occidentale, les groupes subalternes ont toujours procédé ainsi. Il prend l’exemple des syndicats qui, lors des assemblées générales n’invitent pas leur patron, car ils sont dans un rapport de force. Il s’interroge aussi sur les raisons qui poussent à s’émouvoir et à s’indigner de manière sélective. Peur face à des groupes dont les délibérations nous échappent ? En tout cas un espace d’entente qu’il reste encore à conquérir. 

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