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Bruno Lemaire

Juste la fin de la dette

3 min
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Le ministre français des finances a annoncé des mesures pour lutter contre le risque de déficit excessif. Pourtant, le fait même de poursuivre cette illusion de réduction des déficits pose question alors que chacun sait que jamais la France ni la Grèce ne rembourseront intégralement leur dette.

Bruno Lemaire
Bruno Lemaire Crédits : Eric Piermont - AFP

Suite et fin de cette semaine consacrée à la question de la dette. Et le moins que l’on puisse dire, c’est que ces derniers jours n’ont pas manqué d’actualité en la matière. Entre la procédure pour endettement excessif engagé par la Commission européenne contre l’Italie et les attaques de la presse suite aux propositions d’Emmanuel Macron, les exemples ne manquaient pas pour illustrer le rôle éminemment politique de la dette et son usage à des fins de pouvoir.

Mais ce travail de contrôle et de domination ne se limite pas aux attaques extérieures d’agents s’étant juré la perte des démocraties méditéranénnes. Dans un exercice d’auto-contrôle bien connu, cet impératif idéologique et politique de réduction des déficits est également porté par des membres de ces pays latins.

-Son Bruno Le Maire-

Nous entendions à l’instant Bruno Le Maire, ministre français des finances réaffirmer la nécessité pour la France de respecter ses engagements budgétaires, sous peine d’être mis au ban des bons élèves de la zone euro et de perdre ainsi toute voix au chapitre de la construction européenne. 

Toute servitude bien ordonnée commençant par soi-même, le Ministre français contribue donc à asseoir l’importance de ces indicateurs sans chercher une seconde à contester leur primat et leur pertinence.  

Il a ainsi expliqué qu’il fallait mettre les grandes entreprises à contribution pour rester dans cette trajectoire budgétaire. Tirant au moins cette leçon de la contestation sociale qui a surgi ces dernières semaines en France, le gouvernement a compris qu’il ne pouvait se tourner invariablement vers les particuliers, sans solliciter aussi l’effort des entreprises.

Le Ministre a ainsi jugé « légitime » de demander un effort spécifique aux grandes entreprises, précisant qu’il comptait mettre en place une taxation de Google, Facebook, Amazon et autres géants du numérique. Une promesse qui pourrait être alléchante si elle n’engageait pas seulement ceux qui la portent.

On nous fait miroiter depuis des années le prodigieux potentiel d’une fiscalité adaptée à ces acteurs qui multiplient les stratégies d’optimisation fiscale, sans que la France ni l’Europe ne lèvent le petit doigt. Le ministre de l’économie a décidé de siffler la fin de la récréation. Eh bien, alors chiche.  

En réalité, le problème ne se situe pas dans les mesures proposées par le Ministre. Ce qui est frappant dans les déclarations du ministre, au-delà de leur simple analyse, c’est qu’elle continuent de s’intégrer, inlassablement, dans le cadre contraint de la réduction des déficits.

Comme une forme de supplice volontairement consenti, économistes et politiques feignent d’ignorer un sujet -le seul en réalité- que tous savent pourtant incontournable. Car pas un seul n’ignore, pas plus qu’ils ne nient, l’impossibilité formelle aujourd’hui pour la Grèce, l’Italie ou même la France de rembourser intégralement leur dette. 

Tels les somnambules de l’apocalypse, tous ces acteurs continuent d’avancer, avec les mêmes réflexes pavloviens d’un monde pourtant déjà fini. Brandissant leurs totems, auxquels ils ne croient plus, les responsables politiques feignent de croire qu’en fermant les yeux, ils éviteront l’obstacle. 

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