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Ronald McDonald, figure de la multinationale du burger

"Frite par frite, Macdo rendra le fric"

3 min
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Alors que la justice vient de donner raison aux salariés en lutte d'un Mcdonalds marseillais, il est intéressant de voir que ce symbole absolu du capitalisme est aussi un lieu d'élaboration de nouvelles formes de lutte sociale.

Ronald McDonald, figure de la multinationale du burger
Ronald McDonald, figure de la multinationale du burger Crédits : MICHAEL LOCCISANO - AFP

Un McDonald's marseillais en lutte

Cela fait plus de trois mois que les salariés du fastfood, situé dans les quartiers nord de la ville, se mobilisent pour empêcher la cession de leur restaurant à la société Hali Food, spécialisée dans la restauration “halal asiatique”. Le problème c’est que cette cession ressemble fort à une manière déguisée de liquider l’activité du Mcdo marseillais. 

Celui-ci avait vu son chiffre d’affaire plonger suite au lancement de travaux dans le quartier, bloquant l’accès des clients et entraînant plus de 3 millions d’euros de perte depuis 2009. Mais pour les salariés du Macdonald Saint Barthélémy, la vérité est ailleurs. 

Il faut dire que le restaurant faisait figure d’exception dans le paysage du fastfood français. Oui car plusieurs salariés ont une véritable ancienneté, ce qui est très rare dans un secteur qui préfère multiplier les contrats précaires, pour éviter évolution ou promotion salariales. Kamel Guémari, syndicaliste et fer de lance du mouvement a ainsi plus de vingt ans de maison, ce qui lui a permis de gravir les échelons pour devenir directeur général adjoint du restaurant.

Il a donc décidé de se battre au côté de ses collègues, lorsque leur patron a décidé de se séparer de six de ses franchises parmi lesquelles, celle de Saint Bartélémy. Les salariés du Mcdo soupçonnent en effet leur patron de vouloir se débarrasser de leur restaurant pour ne pas avoir à mettre en place un plan social. L’objectif étant, selon Kamel Guémari, de briser un bastion syndical pour pratiquer librement le dumping social. 

Justice rendue aux salariés du McDonald's de Saint Barthélémy

Dans son ordonnance du vendredi 7 septembre, le tribunal de grande instance de Marseille a ainsi estimé que la société Hali Food présentait “une insuffisance grossière et manifeste de moyens humains, financiers et matériels” et ne disposait “d’aucune expérience ou compétence dans le secteur en cause… ni dans aucun autre du reste”. Il considère en outre que le projet de restauration halal asiatique, “une nourriture particulièrement singulière” -selon les mots du tribunal- n’a aucune viabilité “à brève ou moyenne échéance”. 

Si on peut s’étonner de la véhémence de cette décision, elle confirme en réalité le caractère factice et même fictif du projet de reprise par la société Hali Food, confirmant les craintes des salariés de Saint Barthélémy. Le tribunal marseillais a donc interdit cette cession sous peine d’une astreinte d’un demi million d’euros. 

Un mouvement qui dépasse les frontières de la cité phocéenne

C’est ce qui est passionnant avec cette affaire. Au delà du cas particulier des salariés de Saint Barthélémy, les travailleurs de Macdonald en France ont souvent été en pointe des luttes sociales. Car avant et depuis Marseille, il y a eu notamment les McDo de Strasbourg Saint Denis et de Magenta à Paris. 

Alors qu’en 2003, le premier avait mené une lutte de près d’un an pour combattre un licenciement jugé abusif et des conditions de travail toujours plus précaires, le second s’était distingué en mai dernier par une occupation de plusieurs jours, en solidarité justement avec les salariés marseillais mais aussi pour dénoncer plus largement les piètres conditions de travail dans tous les Macdo de France.

Il faut dire que le système de franchise permet aux propriétaires de découper juridiquement leurs enseignes afin d’éviter toute obligation en matière de seuils sociaux, de comités d’entreprises ou du délégués de personnel. Or sans délégués du personnel ni CE, il est très difficile de négocier des augmentations de salaire ou de meilleures conditions de travail. Sans parler des prouesses de McDonalds pour ne payer aucun impôt sur les restaurants franchisés...

Alors en pleines mobilisations étudiantes et cheminotes, le fastfood parisien était devenu un lieu de ralliement des différentes forces sociales, une place forte revendiquée de la convergence des luttes. Au slogan de “frite par frite, nous reprendrons le fric”, le McDo de la gare de l’Est est ainsi devenu un épicentre contestataire au sein d’un des symboles absolus de la mondialisation et du capitalisme débridé

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