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Des packs de Coca-Cola dans un supermarché de Princeton

Changer les pratiques par l'impôt ?

6 min
À retrouver dans l'émission

La hausse des prix du diesel nous interroge sur la pertinence de passer par la fiscalité pour changer les comportements et les pratiques individuelles. La "taxe soda" représente ainsi un exemple particulièrement intéressant des ambivalences d'une telle politique.

Des packs de Coca-Cola dans un supermarché de Princeton
Des packs de Coca-Cola dans un supermarché de Princeton Crédits : Getty

Comme nous avons pu le voir au cours de cette émission, le signal prix, ou le fait de moduler le coût de certains produits par des taxes, reste l’un des outils les plus efficaces à la disposition de nos gouvernants pour faire évoluer les comportements.

Il faut dire que les prix, par leur présence quotidienne, leur réalité tangible dans nos existences constituent la manifestation la plus visible de la volonté politique de nos dirigeants. Une fois les discours passés et les lois votées, c’est donc bien dans notre porte-monnaie que l’on saisit avec le plus d’acuité l’état de notre contrat démocratique.

Le prix, un signal particulièrement familier

Car l’immédiateté du ressenti que nous éprouvons lors d’une hausse des impôts ou d’une baisse de cet introuvable pouvoir d’achat, nous nous rappelle avec force l’incidence réelle que peuvent avoir les politiques sur nos vies. Plus que bien d’autres outils à la disposition du politique, la fiscalité opère ainsi un rapprochement vertigineux entre gouvernants et gouvernés et nous pousse à nous interroger sur le rôle et l’usage qui peut être fait de l’impôt.

Le gouvernement doit ainsi constamment chercher un point d’équilibre entre efficacité des politiques publiques et impératif de justice sociale. Plus que dans n'importe quel autre champ de son action, il doit tâtonner entre ces différentes exigences. On a ainsi en tête le vote de ce que l’on a appelé la taxe dite « soda », avec une première version adoptée en 2013 et un nouveau vote en octobre 2017, afin de « lutter contre l’obésité et protéger la santé des enfants » selon les mots de la ministre de la santé.

Le cas de la "taxe soda"

Bien-sûr, cette taxe ne peut être exactement comparée à la taxe carbone puisque les français ne sont pas captifs de leur consommation de boissons gazeuse comme ils le sont de l’usage de leur voiture pour aller chaque jour au travail ou faire leurs courses. Mais elle participe tout de même d’une volonté du politique de changer les pratiques et les comportements des citoyens dans un sens qui est, leur dit-on, meilleur pour eux.

A l’époque déjà, de nombreuses voix s’étaient élevées pour dénoncer une taxe anti-pauvres.En 2013 comme en 2017, politiques et intellectuels s’étaient mobilisés contre une loi remplissant les coffres de l'état sur le dos des personnes les plus précaires.

Pourtant la loi votée en octobre 2017 comprend une différence majeure avec celle adoptée sous le quinquennat Sarkozy : alors que l’ancienne mouture prévoyait une taxe unique pour toutes les boissons sucrées, la nouvelle entend moduler le taux d’imposition en fonction du taux de sucre dans la boisson.

Faire changer les industriels

Cette différence, de taille, inverse ainsi la charge de l’action. Avec l’ancienne version, les industriels n’avaient aucune raison de changer leurs pratiques, c’était plutôt les consommateurs qui se voyaient pénalisés par l’augmentation des prix. Désormais, les Coca-Cola, Ice-Tea et autres Orangina auront tout intérêt à baisser leur taux de sucre afin d’offrir un produit moins cher et de rester ainsi attractifs face à leurs concurrents.

Depuis le vote de la loi, les bouteilles de Sprite ont ainsi vu leur taux de sucre baisser de plus de 70%. Schweppes et Ice-Tea, de près de 40%. Seul Coca-Cola, a choisi de ne rien changer, préférant réduire discrètement la taille de ses grandes bouteilles afin de compenser la perte attendue de revenus.

Ainsi, dans ce cas précis, ce ne sont pas les consommateurs, mais bien les industriels qui ont été obligés de changer leurs pratiques. Ce balancement de politique publique nous montre ainsi l’importance du prix dans la décision des acteurs, mais nous montre aussi, qu’avec un peu d’imagination, on peut améliorer les pratiques sans nécessairement pénaliser le porte-monnaie.

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