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Facebook : la toute puissance à l'épreuve

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Mis en cause de toute part pour ses pratiques déloyales et sa gestion des données personnelles, le géant américain du numérique en vient à appeler les Etats à encadrer sa propre activité, actant l’impossibilité, pour les acteurs privés, de changer sans y être obligés.

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. Crédits : AFP

Facebook a été condamné a une amende colossale suite au scandale Cambridge Analytica. Et ce sont les dirigeants de Facebook eux-mêmes qui ont annoncé, lors de la présentation des résultats de l’entreprise, avoir mis de côté 3 milliards de dollars pour régler la sanction qui ne devrait pas manquer de leur être infligée par le gendarme américain de la concurrence. 

Pour rappel, la firme américaine est accusée d’avoir laissé le prestataire Cambridge Analytica aspirer les données de millions d’utilisateurs, sans leur consentement. Un scandale particulièrement violent outre-Atlantique puisque ces données auraient été utilisées pour favoriser l’élection de Trump en permettant un ciblage encore plus efficace et précis des électeurs.

Mais s’il s’agit de l’amende la plus importante jamais infligée à un acteur du numérique, cette sanction reste en réalité relativement indolore pour le mastodonte qu’est Facebook. Surtout quand on compare cette amende aux 15 milliards de dollars engrangés par la firme au dernier trimestre. 

La sénatrice Elizabeth Warren a ainsi dénoncé ce qu’elle qualifie de « petite tape sur la main », estimant que ce n’est pas ce type de sanctions qui empêchera Facebook de récidiver. La sénatrice démocrate estime donc qu’il faudrait mettre en oeuvre de véritables changements structurels pour se prémunir contre la toute-puissance de Facebook. Un sentiment qu’elle n’est d’ailleurs pas la seule à partager puisque de nombreuses voix se sont élevées pour dénoncer le pouvoir acquis par l’entreprise, qui s’immisce chaque jour un peu plus dans tous les interstices de nos vies.

Certains vont même jusqu’à demander le démantèlement pur et simple du géant californien. Une recommandation formulée par nulle autre que le co-fondateur de Facebook lui-même. Chris Hughes, qui a rencontré Mark Zuckerberg à Harvard et monté avec lui ce qui devait devenir le plus grand réseau social planétaire, est aujourd’hui l’un des plus sévères conte_m_pteurs de la firme. 

Il estime ainsi que « les concepteurs de Facebook n’ont pas suffisamment réfléchi à la manière dont l’algorithme du réseau pouvait influencer les élections, [amplifier les passion] et même modifier nos façons de penser ». Au-delà des orientations discutables de la firme, Chris Hughes critique surtout le manque de transparence et l’absence de contre-pouvoir dans cet empire dirigé par un seul. Il explique ainsi que Mark Zuckerberg ne rend de compte à personne puisqu’il détient 60% des droits de vote au sein du conseil d’administration 

Il est ainsi seul à définir les grandes orientations de la firme et peut, par exemple, choisir de changer du jour au lendemain le code et la philosophie des algorithmes au coeur du réseau, avec les conséquences que l’on sait pour des centaines de millions d’utilisateurs.

Chris Hughes appelle donc le gendarme de la concurrence à scinder la firme en trois entités distinctes : Whatsapp, Facebook et Instagram, afin de rétablir une forme d’équilibre au sein de l’empire.

Mais il est intéressant de constater que cet exercice d’autocritique touche même les dirigeants actuels de la firme. C’est ainsi Mark Zuckerberg lui-même qui a déclaré dans une autre tribune qu’il souhaitait que la puissance publique agisse pour contraindre l’entreprise californienne à adopter des pratiques plus vertueuses. 

Il demande ainsi aux pouvoirs publics de jouer un rôle plus actif dans la régulation d’internet, estimant que plus d'États devraient s’inspirer du règlement européen de protection des données, qui prévoit des amendes pour les entreprises ne respectant pas la vie privée des utilisateurs. 

Après les différentes mises en causes de son entreprise, Mark Zuckerberg semble donc réagir, par cet exercice de contrition publique, en actant l’impossibilité, pour les acteurs privés, de changer sans y être obligés.  

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