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Privatisation de la Française des jeux : un pari risqué ?

3 min
À retrouver dans l'émission

En choisissant de privatiser la Française des jeux, le gouvernement fait craindre un recul des efforts en matière de lutte contre l’addiction, inféodés aux logiques de marché.

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. Crédits : AFP

Nous parlions hier de la société Aéroports de Paris, qui doit être vendue par le gouvernement selon des modalités pour le moins troubles, comme nous l’explique la journaliste Martine Orange, qui a  mené l’enquête pour Médiapart. Or le gouvernement entend se séparer de deux autres entreprises, parmi lesquelles la Française des jeux. 

Certes l’entreprise exploitant le Loto et autres jeux à gratter ne revêt pas un caractère aussi stratégique qu’Aéroport de Paris, mais sa cession programmée pose un certain nombre de questions auxquelles le Ministère peine aujourd’hui à répondre. 

Sans même revenir sur l’opportunité de se séparer d’entreprises qui rapportent chaque année de l’argent à l'État, puisque la FDJ dégage près de 200 millions d’euros de résultat net et trois milliards en taxe par an, ce sont les conditions-mêmes de la privatisation qui inquiètent jusque dans les rangs de la majorité. 

Le ministre des finances, Bruno Le Maire, a pourtant déclaré qu’un renforcement de la régulation serait la condition sine qua none préalable à toute privatisation. Le gouvernement s’était ainsi engagé à confier la régulation à une autorité indépendante, en charge du contrôle de l’ensemble des jeux. Il faut dire qu’aujourd’hui, la supervision des différents types de jeux d’argent sont éparpillés façon puzzle : à l’Intérieur, la supervision des casinos, à l’Agriculture le PMU, à Bercy la FDJ etc. 

Le projet initial visait ainsi à renforcer le périmètre et les pouvoirs de l’Arjel, autorité de régulation des jeux en ligne, qui a montré son efficacité depuis sa création en 2010. Mais l’Autorité unique et indépendante annoncée par le gouvernement risque finalement de n’être ni l’un ni l’autre. Le ministère de l’Intérieur ayant gentiment, mais fermement, refusé de perdre la main sur les casinos, où il trouverait un certain nombre de sources et d’indics pour ses enquêtes.

Certains parlementaires espéraient par ailleurs que le sort de la FDJ soit réglé dans une loi spécifique. Il sera finalement expédié dans la loi Pacte, texte fourre-tout qui ne consacrerait qu’une ligne à la fin du monopole d’État. Les modalités de cette privatisation seront donc décidées par le gouvernement dans une série d’ordonnances : un chèque en blanc signé par le Parlement à l'exécutif, comme le résume un député de l’opposition. 

Le gouvernement actuel n’est pourtant pas le premier à vouloir vendre la Française des jeux. En 2009, Nicolas Sarkozy avait envisagé la privatisation de l’entreprise, avant de reculer, face aux soupçons de vouloir ouvrir le secteur au profit de certains de ses amis. En 2014, c’est un certain Emmanuel Macron, alors ministre de l’économie, qui fit resurgir le spectre de la privatisation. Mais le dossier fut à nouveau enterré devant l’hostilité du Secrétaire d’État au budget, Christian Eckert. 

Ce dernier explique aujourd’hui sa décision en rappelant que « la vente de la FDJ rapporterait en une seule fois une recette exceptionnelle, mais priverait l’Etat de sa capacité à imposer toute règle de prévention à l’addiction, de lutte contre le blanchiment ou d’interdiction de jeu pour les mineurs ». 

C’est d’ailleurs la principale critique formulée aujourd’hui à l’encontre d’une privatisation : celle de voir anéantir les efforts en matière de lutte contre l’addiction. Il faut dire que c’est aujourd’hui près d’un million de personnes qui souffrent d’une forme d’addiction à ces jeux de grattage ou de loterie. Si certains chercheurs dénoncent aujourd’hui les méthodes de la FDJ qui pratiquerait une forme d’activisme commercial, poussant les Français aux vices du jeu, l’entreprise rétorque au contraire qu’elle s’attache à mener une politique de jeux responsable. 

En atteste la décision d’arrêter la commercialisation du Rapido, l’un de ses jeux les plus rentables, mais aussi les plus addictifs. Plus largement, les politiques d’accompagnement et de sensibilisation des publics fragiles risquent de disparaître sans un encadrement strict de la privatisation. Aussi maigres soient-ils, les efforts de l’Etat en matière de protection des malades du hasard risquent donc de faire pâle figure face aux perspectives de profit que représente un tel marché. 

Autant de risques qui ne se semblent cependant pas affecter la décision du gouvernement, bien décidé à se débarrasser de l’entreprise des jeux et du hasard. Il faut dire que la santé ou le mal des Français semblent bien peu de choses face à la perspective d’intérêts financiers, qui ne doivent pour leur part plus grand chose au hasard.

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