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Les ministres des finances allemand et grec, Wolfgang Schauble et Yanis Varoufakis

La prison financière de la Grèce

4 min
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Alors que se réunissent aujourd'hui les ministres des finances de la zone euro pour discuter du sort de la Grèce, rien n'est envisagé pour libérer le pays de la prison financière où il est enfermé, selon les termes de l'ancien ministre grec Yanis Varoufakis.

Les ministres des finances allemand et grec, Wolfgang Schauble et Yanis Varoufakis
Les ministres des finances allemand et grec, Wolfgang Schauble et Yanis Varoufakis Crédits : Reynaldo Paganelli / NurPhoto - AFP

Sortons tambours et trompettes, réjouissons-nous et portons la bonne nouvelle. La Grèce est sauvée. Elle peut désormais renouer avec la croissance et sortir de la crise qui la plombe depuis près de dix ans... C’est en tout cas ce que l’on pourrait croire à la lecture des journaux, qui claironnent la fin de la tragédie grecque.

La raison de cet exercice de satisfaction collective? La réunion aujourd’hui du conseil des ministres européens des finances à Luxembourg, qui doit valider la fin du troisième plan dit “de sauvetage” et s’accorder sur des mesures d’allègement de la dette.

En vérité d’allègement, il n’est point question. Tout au plus, les augustes négociateurs européens accepteront-ils de se pencher sur un allongement de la durée de remboursement. En clair, pas question de réduire le poids de la dette grecque. Tout ce beau monde ferme les yeux et feint de croire, qu’en repoussant l’échéance, la Grèce pourra rembourser un jour ses créanciers.

Une dette insoutenable

Oui, mais aucun des négociateurs n’envisage réellement que la Grèce rembourse un jour une dette qui atteint désormais 180% de son PIB. Les prétendus plans de sauvetage reviennent en réalité à renforcer l’endettement d’un pays déjà exsangue, en lui retirant toute marge de manœuvre pour relancer l’économie.

Mais hors de question pour les négociateurs de relâcher leur pression sur le peuple grec. Il faut dire que dans les pourparlers entre la Grèce et ses créanciers, le remboursement de la dette revient inlassablement comme l’impératif, auquel doit se conformer la Grèce, si elle ne veut pas se faire lâcher financièrement par ses voisins européens.

Cette exigence sert en réalité d’argument de négociation à la troïka pour imposer à la Grèce la mise en œuvre d’un agenda de réformes libérales.  Et malheur à elle, si elle s’écarte un tant soit peu de cet étroit sentier. Ainsi, le patronat grec, relayé par des hauts fonctionnaires européens, s’inquiète de la volonté du gouvernement grec de relever le salaire minimum…Il ne faudrait pas que la lutte contre la pauvreté fasse de l’ombre à la poursuite de l’austérité.

L'imposition d'un agenda libéral

Oui, des réformes visant à “assainir et moderniser” l’économie grecque, dixit le commissaire français aux affaires économiques, Pierre Moscovici. Cocktail bien connu de réformes du marché du travail, de rationalisation du système des retraites et de privatisations à tout crin.

En conséquence, les retraités ont vu leurs pensions rabotées de plus de 40%, un tiers de la population vit désormais sous le seuil de pauvreté et le taux de suicides s’est envolé de plus de 35%. On se demande bien comment la Grèce pourrait retrouver le chemin de la croissance et rembourser ses créanciers dans ces conditions…

L'expérience Varoufakis

Dans un ouvrage sorti l’année dernière, où il revient sur son expérience de négociation avec la troïka, Yanis Varoufakis parle même de “prison de la dette”, dans laquelle son pays est enfermé. Il raconte ainsi qu’aucune marge de négociation n’est même envisagée, lorsqu’il arrive à la table des discussions européennes.

Le ministre des finances allemand, Wolfgang Schaüble, lui rétorque qu’ils ne vont certainement pas bouleverser leur politique économique à chaque fois qu’il y a un nouveau gouvernement en Europe. Que Tsipras et Varoufakis aient été élus sur un programme lui est bien égal. La troïka oppose une fin de recevoir à toute proposition alternative à la cure d’austérité.

Pourtant déjà, la directrice du FMI, Christine Lagarde, le ministre français des finances, Michel Sapin et même Wolfgang Schaüble s’accordent en privé sur la nocivité de l’amère potion imposée à la Grèce. Tous savent qu’en alourdissant encore le poids de la charge, le pays ne peut que s’effondrer sur lui-même.

Une harmonisation économique à tout prix

Eh bien la raison est double. D’abord parce qu’une fois le plan mis en œuvre, impossible de revenir en arrière. Le capital politique investi est, de l’aveu même de Christine Lagarde, bien trop important. Ensuite, parce que la politique imposée à la Grèce, repose sur une idéologie, dont on perçoit d'ailleurs clairement les traces et l’inspiration dans les réformes adoptées en France ou en Italie.

Wolfgang Schaüble admet ainsi à Varoufakis que le plan est mauvais pour les Grecs et qu’à sa place, il ne le signerait pas. Son but premier est d’assurer la pérennité de la zone euro, en imposant une harmonisation des modèles économiques. Il travaille pour le long terme, pour l’avenir de l’Union, et ce, quel qu’en soit le prix pour les populations touchées.

Cet aveu du ministre allemand nous permet de comprendre la logique de cette prison à perpétuité où la Grèce semble être assignée. Une réclusion financière qui ne pourra être levée sans s’intéresser vraiment aux causes de cette peine et réfléchir à une annulation totale ou partielle de la dette.

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