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Portrait de vache

Consommation de viande : pour un retour à l'âge de pierre

3 min
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La seule manière d'atteindre un élevage soutenable et respectueux des animaux serait de baisser de moitié la production de bétail. Une baisse nécessaire de production et donc de la consommation qui nous ferait revenir à un régime alimentaire assez proche de celui de nos ancêtres préhistoriques.

Portrait de vache
Portrait de vache Crédits : Steven Hbner / EyeEm - Getty

Une énième étude pointe le coût écologique de l’agro-industrie et de l’élevage intensif, dont nous avons d’ailleurs pu parler tout au long de la semaine. Mais l’intérêt de ce rapport publié l’année dernière dans la revue Nature Ecology & Evolution par une équipe de chercheur Américains et Israéliens, c’est qu’elle donne un ordre de grandeur des changements nécessaires pour aller vers un élevage durable.

Ils rappellent ainsi le poids que fait peser l’élevage industriel sur l’environnement : la surexploitation des terres, la consommation d’eau -13 500 litres d’eau sont ainsi utilisés pour produire 1 kg de viande de bœuf- mais aussi les pollutions aux nitrates ou encore les rejets de gaz à effet de serre dus aux 94 millions de têtes de bétail aux Etats-Unis.

Les chercheurs ont ainsi présenté également un scénario pour réduire considérablement cet impact.Selon Gidon Eshel, chercheur en sciences de l’environnement à Harvard, il est possible d’aller vers une production de bœuf durable. Il faudrait pour cela que les animaux ne mangent que des ressources non utilisables pour l’alimentation humaine : en clair, l’herbe des pâturages et les sous-produits de l’industrie alimentaire, tels que les restes de céréale après distillation ou la pulpe issue de la transformation de la betterave sucrière.

A partir des quantités de ressources disponibles, l’équipe de chercheur en a déduit qu’il faudrait nécessairement réduire la production bovine à 45% de sa production actuelle. Les terres libérées par cette baisse de l’exploitation animale -soit 32 millions d’hectares de terre de haute qualité- pourraient alors être utilisée pour produire des alternatives à l’alimentation carnée.

Selon les scientifiques, ce changement serait bénéfique non seulement d’un point de vue écologique, mais aussi nutritionnel, et ce, quelles que soient les cultures de substitution choisies parmi les 14 étudiées. Comme l’explique un article du Monde consacré à cette étude, « l’apport en protéines pour les humains serait ainsi 2 à 24 fois supérieur à celui du bœuf et l’apport en calories 2 à 16 fois plus élevé ».  Ces produits sont également plus riches en fibre, en vitamines et en minéraux.

L’étude prend ainsi l’exemple d’une réaffectation des terres de production bovine à la culture de haricots rouges, qui permettrait de multiplier par 10 l’apport protéique tout en limitant de 90% les émissions de gaz à effet de serre et de 50% les pollutions en azote des sols. En clair, mieux vaut les haricots que le veau.

Mais face à cet impératif de réduire drastiquement notre production de viande, les auteurs affirment qu’un simple changement des pratiques de consommation ne suffira pas. Ils pointent surtout la toute-puissance des acteurs de transformation de la viande, comme JB our Cargill, qui contrôlent 85% du marché américain et dictent le prix aux producteurs.  

C’est donc à l’Etat américain d’intervenir pour intégrer aux prix de l’agro-industrie les coûts sanitaires et environnementaux. Cela passe  ainsi par un arrêt des financements publics accordés à l’agro-business. Cela doit aussi se traduire par un soutien aux exploitations de moindre taille, plus respectueuse du bien-être des bêtes.

Mais ce qui est intéressant avec ce rapport -au-delà de sa dimension pratique- c’est qu’il propose un retour à un régime plus équilibré, meilleur pour notre santé, assez proche en réalité de l’alimentation de nos premiers ancêtres.

Ainsi, selon la préhistorienne Marylène Patou-Mathis, l’alimentation de l’homo erectus et des premiers hommes modernes était beaucoup plus diversifiée que la nôtre. C’est sa migration vers l’Europe glaciaire, où les végétaux étaient rares et la plupart, baies ou graminées sauvages contenait relativement peu de protéines, qui l’a conduit à consommer plus de viande.

D’autres peuples, comme les bushmen du Kalahari continuent quant à eux de manger beaucoup de fruits riches en protéines, comme les noix ou les fèves. Et si, dès lors, revenir à une alimentation plus équilibrée, mais aussi plus saine et meilleure pour la planète, était une manière de nous retrouver nous-mêmes ?

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