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Union européenne : une banque pour sauver le climat ?

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L'idée d'une banque européenne pour le climat semble faire son chemin. Elle permettrait de mobiliser les 1 115 milliards d'euros nécessaires à la transition écologique et énergétique des pays de l'Union. Se pose néanmoins la question des critères et des contreparties à de tels financements.

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. Crédits : Getty

Une idée a, semble-t-il, émergé au cours de cette campagne pour les élections européennes : celle de la création d’une banque européenne pour le climat. Une idée qui n’est pourtant pas nouvelle puisque cela fait des années que le climatologue Jean Jouzel et l’économiste Pierre Larrouturou militent pour l’instauration d’un Pacte Finance-Climat et la création d’une banque publique européenne du climat.

Celle-ci pourrait ainsi fonctionner sur le modèle de la banque européenne pour la reconstruction et le développement, créée en 1991 pour accompagner les pays d’Europe centrale après l’effondrement du bloc soviétique : l’objectif étant de mobiliser suffisamment d’argent pour relever le défi de la transition écologique et énergétique avant qu’il ne soit trop tard.

En l’espèce, la Cour des comptes européenne estime que si l’UE veut tenir ses engagements en matière de réduction d’émissions de gaz à effet de serre -soit une baisse de 40% d’ici à 2030- il lui faudra investir 1 115 milliards d’euros par an, pendant dix ans. En France, il faudrait environ 40 milliards d’euros par an pour financer la rénovation énergétique des bâtiments, les infrastructures de transports bas carbone et la production d’électricité renouvelable.

Or justement, ce qu’expliquent Pierre Larrouturou et Jean Jouzel, c’est que cet argent ne pourra être mobilisé sans véritable engagement des pouvoirs publics. Ils rappellent d’ailleurs que la Banque centrale européenne n’a pas hésité à injecter plusieurs milliers de milliards d’euros pour sauver les banques au lendemain de la crise financière de 2008 et maintenir l’activité économique jusqu’à aujourd’hui. Il n’y a donc pas de raison qu’un tel mécanisme ne puisse être utilisé pour lutter contre le changement climatique, si ce n’est, peut-être, des choix politiques et des intérêts économiques.

C’est d’ailleurs devenu l’un des slogans repris à droite comme à gauche au cours de la campagne européenne : « Si le climat était une banque, nous l’aurions sauvé depuis longtemps ! » La banque pour le climat serait ainsi capitalisée grâce à la création monétaire et permettrait de fournir à chaque État-membre des prêts à taux zéro, jusqu’à 2% de son PIB.

Le Pacte finance-climat permettrait ainsi de dégager 300 milliards d’euros par an, dont 200 sous forme de prêts bancaires et 100 sous forme de subventions. Mais grâce à l’effet multiplicateur, les prêts permettraient d’attirer jusqu’à 800 milliards de fonds privés, permettant ainsi d’atteindre l’objectif annuel de 1100 milliards d’euros.

Certains estiment néanmoins que le problème ne vient pas tant  du manque d’argent, aujourd’hui disponible en grande quantité, que de sa mauvaise utilisation. C’est notamment ce qu’explique l’économiste Christian de Pertuis, qui ajoute que l’enjeu essentiel aujourd’hui est de réorienter les flux financiers existants vers des investissements verts : cela peut passer par des incitations et des garanties publiques, mais aussi par un fléchage des investissements grâce à un prix du carbone suffisamment élevé.

Mais si une banque pour le climat peut constituer un outil efficace pour canaliser ces financements, la question de leur utilisation reste posée. Ainsi, l’économiste Thomas Porcher pose la question des critères qui seront retenus pour sélectionner les projets à financer et pointe l’importance de s’accorder politiquement sur les priorités.

Mais surtout, l’économiste s’interroge sur le risque de voir resurgir, en contrepartie de ces financements, les dogmes de l’Union européenne sur le contrôle des déficits et l’austérité, aujourd’hui inscrits dans les Traités, et qui empêchent la mise en oeuvre de toute politique ambitieuse en matière d’environnement. Avant de s’intéresser aux mécanismes et aux dispositifs pratiques, c’est donc une question éminemment politique qui déterminera le succès ou l’échec de la bataille écologique.

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