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"Salles de shoot" : un impératif de santé et de société

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En dépit d'un bilan globalement positif, la "salle de shoot" du Nord de Paris continue de susciter les passions. Des oppositions qui s'expliquent moins par un véritable risque que ces salles feraient peser sur la communauté que par des représentations faussées de leur rôle et de leur utilité.

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. Crédits : AFP

Une salle de consommation de drogue à moindre risque a été ouverte à Paris en octobre 2016. Ce lieu permet aux toxicomanes de consommer de la drogue dans de bonnes conditions d’hygiène et de santé, puisque c’est un personnel formé qui les accueille et les accompagne. Pour ce qui est de la drogue, elle n’est bien entendu pas fournie par le centre qui se contente de livrer seringues et conseils de première main.

Un objectif sanitaire donc, mais aussi social puisque cet espace aide les malades de la drogue à se réinsérer dans la société, en leur trouvant une activité ou simplement en les replaçant dans des espaces de sociabilité, leur permettant de reprendre pied.

Ouverte en octobre 2016, cette salle de consommation à moindre risque accueille ainsi entre 130 et 150 personnes par jours. Autant de personnes qui n’ont pas eu à se droguer dans l’espace public, avec tout ce que cela comporte de risques et de dangers, pour eux mêmes, mais aussi pour le reste de la communauté. 

Pourtant, l’ouverture de ce centre a connu de fortes oppositions, notamment de la part du futur voisinage, si bien que la « salle de shoot », comme l’appellent ses opposants, qui devait s’installer au 39 boulevard de la Chapelle, a fini par trouver refuge au sein de l’hôpital Lariboisière, à quelques pas de là. 

Une manière de signifier, géographiquement, politiquement, le caractère médical de cette installation, accusée par ses détracteurs de créer un précédent, un appel d’air et d’encourager à la consommation, premier pas vers la légalisation.

C’est d’ailleurs, comme l’explique un article de Slate, le principal argument des opposants à ce type de projet, qui ne cessent d’agiter le risque de voir se développer un nouvel eldorado pour les drogues en plein coeur de la capitale et d’entraîner, in fine, une dissolution des mœurs de la société française. 

C’est d’ailleurs l’argument qui a toujours prévalu pour s’opposer aux projets de prise en charge des toxicomanes. Suivant l’idée selon laquelle aider, c’est déjà un peu encourager, les opposants aux salles de shoot s’inquiètent d’un possible effet d’entraînement, d’un encouragement pernicieux à la consommation. C’est l’idée selon laquelle fournir les moyens de se droguer en toute sécurité pousserait nécessairement au vice et à la débauche.  

Ce sont d’ailleurs ces arguments qui ont prévalu dans les années 1980, alors que la France comptait près de 150 000 héroïnomanes, et que le pouvoir refusait d’adopter une autre position que celle de la répression. 

En 1986 déjà, les autorités françaises décidaient de mettre en vente libre des seringues accompagnées de kits de désinfection, la direction générale de la santé dénonçait une mesure encourageant la toxicomanie. Trente ans plus tard, les perceptions et les jugements ont donc relativement peu évolué.

Pourtant, les salles de shoot présentent un bilan globalement positif. Qu’il s’agisse de la salle de consommation du Nord de Paris ou de celle installée à Strasbourg, ces deux centres ont permis de réduire drastiquement les risques d’overdose et d’infection des toxicomanes. Ce sont ainsi près de 1200 usagers de drogue qui ont été accompagnés par ces établissements depuis leur ouverture et 100 000 prises de drogues qui ont été évitées dans la rue ou dans les espaces verts avoisinants.

Mais en dépit de ces éléments encourageants, des riverains continuent de se mobiliser contre l’implantation d'espaces qu’ils jugent néfastes pour leur communauté. Pourtant, comme le rappelle un article de Libération, « les autorités policières et judiciaires chargées du suivi des deux salles n’ont pas observé d’augmentation du trafic aux abords des salles, ni un quelconque effet d’attractivité pour les revendeurs ». 

C’est donc bien, et toujours, une question de perception et de représentation qui est ici posée. Tant que les toxicomanes continueront d’être perçus comme des marginaux, des criminels, et non comme des malades qu’il convient d’aider, les communautés continueront d’être hostiles à ces centres, perçus comme une nuisance et non comme un espace de sûreté, un refuge pour les drogués. 

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