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La famille Sackler, grand mécène des arts et des opioïdes

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On parle aux Etats-Unis de crise des opioïdes et de l'implication du laboratoire Purdue, mais quasiment jamais de la famille Sackler qui le possède et qui préfère se faire connaître pour ses généreuses donations envers des œuvres caritatives et des grands musées.

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. Crédits : Getty

La crise des opioïdes, aux Etats-Unis, a entraîné la mort de près de 400 000 personnes  depuis le début des années 2000. Un désastre qui n'a pourtant rien d’un accident. Plusieurs enquêtes médiatiques et judiciaires ont démontré qu’il avait été savamment orchestré, méthodiquement construit, par la société Purdue Pharma. 

Ainsi, cette entreprise a commercialisé en 1995 l’OxyContin, un puissant anti-douleur visant à soulager les malades incurables et les patients en fin de vie. Mais rapidement, l’entreprise-mère perçoit la possibilité de démultiplier ses profits et décide de déployer une stratégie publicitaire et commerciale démesurée. 

Hautement addictif, le médicament est pourtant vendu comme de l’aspirine par l’entreprise qui l’écoule en immenses quantités, à grand renfort de prescriptions gratuites et d’intéressement financier. En quatre ans à peine, les ventes d’OxyContin passent de 45 millions à un milliard de dollars et contaminent des dizaines de milliers de patients. 

L’entreprise est même condamnée pour ses mauvaises pratiques outre-Atlantique. Dès 2003, l’Agence fédérale de contrôle des stupéfiants accuse Purdue Phrama de minimiser les « risques associés au médicament », aux dépens de patients mal-informés. Comme l’explique un article du Monde, l’entreprise doit même verser, en 2007, une amende colossale de 600 millions d’euros pour avoir prétendu que son médicament était moins addictif que ceux de ses concurrents. 

Or ce qu’il est intéressant de relever dans cette affaire, c’est que, longtemps, le seul nom mis en cause dans cette crise a été celui de la firme productrice et non celui de la puissante famille qui la possède : les Sackler. 

On parle ainsi poliment de crise des opioïdes, éventuellement de l’OxyContin et des laboratoires Purdue, mais quasiment jamais de la famille Sackler, dont on connaît pourtant l’implication dans ce scandale sanitaire sans précédent puisqu’elle a dirigé l’entreprise sans discontinuer depuis sa fondation et n’a opéré de véritable changement dans ses méthodes qu’en… 2018. 

Il faut dire que la famille a mis en place une stratégie très efficace pour ne pas ternir son image. Tout a été fait par le clan Sackler pour ne jamais être associé aux activités pour le moins douteuses de leur propre entreprise.  Comme si la responsabilité individuelle des dirigeants se perdait  dans la responsabilité collective et diffuse de l’entreprise. Comme si le nom de la firme servait à protéger celle de l’honorable famille qui la possède. 

Et pour cause : le nom de la famille Sackler, est aujourd’hui bien plus connu pour son mécénat et son action philanthropique que pour ses activités industrielles. Il faut dire que si le clan Sackler n’hésite pas à communiquer sur les dons effectué au profit d’illustres institutions comme le musée Guggenheim ou le Metropolitan Museum, il est en revanche mutique en ce qui concerne ses activités pharmaceutiques. 

Une communication à deux vitesses qui ulcère les victimes de l’Oxycontin, qui ont décidé de dénoncer cette stratégie. Les actions se sont ainsi multipliées pour dénoncer ce double visage et cette dissociation d’activités particulièrement hypocrite. Alors que Richard Sackler, fils de l’un des fondateurs et ancien PDG de la firme prédisait un « blizzard d’ordonnances pour enterrer la concurrence », des activistes ont décidé en février dernier de jeter une pluie de fausses ordonnances d’OxyContin devant les marches de musées new-yorkais bénéficiant d’une aile, d’une salle, d’une collection Sackler.

Rappelons qu’au Louvre aussi, on retrouve aujourd’hui une aile Sackler, dédiée aux antiquités orientales. Dans ce cas, comme dans d’autres, le don et la charité sont utilisés comme des manières bien utiles de racheter ses autres péchés. 

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