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Glyphosate : petits renoncements entre amis

2 min
À retrouver dans l'émission

En déclarant que la France n'arriverait pas à se débarrasser entièrement du glyphosate d'ici à trois ans, le Président, acte un nouveau renoncement de la France en matière de lutte contre les pesticides et autres herbicides, pariant uniquement sur l'engagement volontaire des acteurs en la matière.

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. Crédits : AFP

Pendant la campagne présidentielle, l’engagement d’Emmanuel Macron en faveur d’une agriculture débarrassée des pesticides et autres produits phytosanitaires était, en effet, on ne peut plus clair. 

On pouvait ainsi lire ces mots dans le programme du candidat à la présidentielle : « Nous placerons la France en tête du combat contre les perturbateurs endocriniens et les pesticides. Ils sont l’une des principales causes de l’augmentation des cancers des enfants depuis vingt ans ». On ne peut plus clair donc.  

Mais le candidat devenu président semble avoir revu ses ambitions à la baisse, en matière de lutte contre le glyphosate notamment. Certains députés, y compris de la majorité, ont bien tenté d’introduire dans la loi Agriculture et Alimentation, un amendement pour interdire l’usage du glyphosate et autres herbicides, d’ici à 2021. En vain. L’Elysée s’est assuré de faire échouer cette proposition. 

L’argument reste toujours le même : imposer un changement aussi brutal conduirait immanquablement à pénaliser les agriculteurs, incapables de s’adapter dans les temps. La transition se fera donc de manière individuelle et volontaire, naturelle et ordonnée, en réponse à la volonté du président de la République.

Le président de la République qui a pourtant estimé, le mois dernier, que la France n’arriverait pas « à se passer entièrement du glyphosate »  d’ici à trois ans. Prononcée dans le cadre du grand Débat avec les Français, cette phrase sonne donc comme une nouvelle forme de renoncement. Il y a en effet quelque chose d’étrange à voir le Président miser entièrement sur l’action volontaire, tout en répétant à l’envi que jamais les agriculteurs ne parviendront à atteindre ces objectifs. 

D’autant qu’un rapport de l’Institut national de la recherche agronomique estime que des alternatives au glyphosates existent pour 90% des surfaces agricoles. La question n’est donc pas d’augmenter les difficultés des agriculteurs mais bien de les accompagner pour permettre à 90% d’entre eux de se passer de produits néfastes pour leur santé et pour l’environnement. Quitte à aménager des calendriers spécifiques pour les exploitations connaissant des contraintes ou des difficultés particulières. 

En attendant le ministre de l’agriculture et la présidente de la FNSEA ont signé la semaine dernière, en marge du salon de l’agriculture, un contrat dit « de solutions » pour sortir du glyphosate. 

Une signature orchestrée par le principal syndicat d’exploitants agricole pour montrer sa détermination à combattre l’usage du glyphosate…à son rythme. Il s’engage ainsi à se passer de l’herbicide « pour une majorité d’usages… pour lesquels il existerait des alternatives accessibles et viables ». En clair, pas le moindre objectif chiffré et pas le début d’une ébauche d’obligation pour les exploitants.

Pour la confédération paysanne, syndicat agricole concurrent de la FNSEA, l’objectif du texte est clair : sous prétexte de ne pas brusquer les agriculteurs –projet louable en soi- « la FNSEA et ses partenaires ont conçu un redoutable outil de promotion de l’industrie phytopharmaceutique ».  

Comment croire en effet que l’Union des industries de protection des plantes, principal lobby des pesticides en France, « signerait un texte réduisant l’usage des produits qu’elle-même commercialise ». 

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