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Manifestation d'étudiants contre la hausse du coût des études supérieures aux Etats-Unis

La crise à retardement de l'endettement étudiant

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Dix ans après le déclenchement de la crise des subprimes, une nouvelle menace pèse sur l’économie américaine : celle d'une explosion des défaut sur les emprunts étudiants. Une situation qui n'est pas neuve mais qui pourrait encore empirer avec les promesses du candidat Trump.

Manifestation d'étudiants contre la hausse du coût des études supérieures aux Etats-Unis
Manifestation d'étudiants contre la hausse du coût des études supérieures aux Etats-Unis Crédits : David McNew - Getty

Plus de dix ans après le déclenchement de la crise des subprimes, une nouvelle menace pèse sur l’économie américaine : une explosion des défauts sur les emprunts étudiants. Si ce n’est pas la première fois que journalistes et économistes tirent la sonnette d’alarme sur ce sujet, un rapport de l’Urban Institute, un institut de recherche basé à Washington DC, nous rappelle l’ampleur du problème. 

Ce sont ainsi près de 40 millions d’Américains qui se sont endettés pour financer leurs études et plus d’un million d’entre eux qui font défaut chaque année. Le problème n’est pas nouveau, mais il s’aggrave un peu plus chaque année. Alors que 8 millions de ces emprunteurs sont aujourd’hui considérés comme insolvables, ils pourraient être 15 millions d’ici à 2023. Et ce sont bien entendu les emprunteurs issus des minorités et des catégories populaires qui sont les plus touchés par ce risque de défaut.

Un système qui aurait pourtant été mis en place pour favoriser l’égalité 

C’est en tout cas ce qu’explique l’économiste Jacques Sapir dans un article consacré à ce sujet : jusqu’à la fin des années 1980, le système universitaire américain repose largement sur les subventions publiques qui permettent de rétablir une forme d’équité entre enfants issus de la bourgeoisie et des catégories populaires.

Mais l’envolée des frais de scolarité a transformé ce qui devait être un cercle vertueux en piège pour les étudiants les plus précaires. On a un effet de cisaillement avec le retrait progressif du financement de l'Etat alors que les universités rivalisent d’investissements pour se maintenir à la pointe d’un environnement très concurrentiel. En clair, moins subventions et des frais de scolarités qui s’envolent. 

Dans le même temps, des légions de licenciés d’université de moindre réputation se sont rendus compte que leurs diplômes, qui avait coûté parfois des dizaines de milliers de dollars n’avaient aucune valeur sur le marché du travail. Une perte de revenu pour les classes moyennes qui pénalise encore les classes moyennes et populaires dans leur accès aux études supérieures. 

Et le président Trump pourrait encore aggraver cette situation

Cette dette est pour l’instant gérée quasi exclusivement par l'Etat fédéral, mais le président américain s’est fait fort de ramener cette incroyable manne financière dans le giron des banques privées. Or cette mainmise de l'Etat américain avait été voulue par son prédécesseur afin de protéger les étudiants contre les aléas du marché et leur assurer un accès égalitaire au crédit. 

Trump, au contraire, estime que les établissements financiers sont les plus à même d’analyser la solvabilité des étudiants, avant de leur accorder un prêt. On se rappelle en effet de la clairvoyance de ces mêmes établissements privés à l’aube de la crise des subprimes...

Ce serait en tout cas le jackpot assuré pour Sallie Mae, Wells Fargo et les autres, qui se partagent pour l’instant 7% du marché, mais qui se tiennent prêts à le prendre d’assaut aux premiers signes de la Maison Blanche. 

Un marché florissant

En dix ans à peine, le total de ces prêts a triplé pour atteindre les 1400 milliards de dollars, du fait notamment de l’explosion du coûts des études supérieures, avec une dette moyenne de 32 000 dollars par étudiant, soit un doublement sur la période. 

Et il est certain que la réforme voulue par Trump ne profitera pas aux étudiants puisque, selon un article des Echos, les prêts consentis par l'état américain ont actuellement un taux fixe, aux alentours de 4%, alors que les organismes privés proposent des taux de 14% en moyenne !

Les prêts fédéraux sont en outre assortis d’un ensemble de protections, comme l’allongement des échéances ou leur suspension temporaire en cas de difficultés financières, ce que ne proposent évidemment pas les établissements privés. 

Une situation qui a donc de quoi inquiéter et qui explique l’importance qu’avait pris le sujet au cours des dernières élections présidentielles américaines. Les candidats de gauche avaient ainsi rivalisé de propositions pour encadrer une situation qui a aujourd’hui tout d’une bombe à retardement...

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