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Who runs the World (Bank) : Trump!

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Alors que le président de la Banque Mondiale vient de démissionner pour rejoindre Wall Street, la course à sa succession nous rappelle les règles bien peu démocratiques et les enjeux politiques qui régissent l'institution censée soutenir le financement des pays en développement.

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. Crédits : AFP

Après nous être intéressés à la Banque de France et à la Banque centrale européenne, il était intéressant de revenir sur le rôle et le fonctionnement de cette institution internationale qui fait parler d’elle ces derniers jours, suite à la démission surprise de son président, l’Américain Jim Yong Kim.

Une démission d’autant plus fracassante que ce dernier a annoncé à ses équipes qu’il quittait la Banque mondiale pour rejoindre Global Infrastructure Partners, un fond d’investissement privé de Wall Street, où il pourrait, je cite, avoir un « plus fort impact sur les grands enjeux mondiaux, tels que le changement climatique ou le déficit d’infrastructure sur les marchés émergents ». 

Après avoir passé six ans à la tête de la Banque mondiale, Jim Yong Kim a donc fait le constat qu’il serait plus efficace et plus utile dans le privé. Un camouflet pour une institution qui a justement pour mission principale de mener des projets de développement, avec une attention particulière portée aux enjeux de pauvreté et de lutte contre le changement climatique. L’establishment international est donc en ébullition pour trouver un digne successeur à ce financier au grand coeur.

On a d’ailleurs cru, un moment, avoir trouvé LA perle rare. Mais oui. Pendant quelques semaines, le nom que tout Washington se murmurait pour remplacer le grand gourou du développement mondial n’était autre qu’Ivanka Trump, la fille du président himself. Une information qui a même été relayée par le Financial Times, réputé journal le mieux informé de la côté Est sur ces questions. 

Le Président américain, qui ne cesse de prêter de glorieux destins à sa prodigieuse fille, a pourtant fini par se rétracter, admettant le risque de se voir accusé de népotisme par ses adversaires. Un éclair de lucidité suffisamment rare pour être souligné et salué.

C’est donc désormais David Malpass, un haut responsable du Trésor américain, qui est évoqué pour prendre la tête de l’institution, alors même que celui-ci s’est illustré à plusieurs reprises par ses sorties hostiles vis-à-vis des institutions multilatérales. 

Il faut dire que le choix du président de la Banque mondiale est tout sauf démocratique. C’est le moins que l’on puisse dire, puisque c’est de facto, le Président américain qui désigne unilatéralement le président de cette institution. Une règle tacite qui se perpétue depuis plus de 70 ans et qui s’ajoute à un contrôle quasi-total de l’institution par les Américains.

Alors qu’à l’assemblée générale des Nations Unies, chaque Etat-membre dispose d’une voix, la Banque mondiale fonctionne, elle, sur un système de quote-part, où un dollar investi rapporte une voix. Les pays les plus riches sont donc mécaniquement surreprésentés, mais contrairement aux actionnaires d’une entreprise, les membres de la Banque mondiale ne peuvent choisir d’augmenter leur participation pour accroître leur pouvoir. 

Un système qui est donc parfaitement verrouillé par les grandes puissances, qui peuvent s’assurer que les politiques menées respectent bien leurs intérêts. Il faut dire que les Etats-Unis, qui disposent à eux-seuls de 15% des votes, ont réussi imposer un seuil de 85% des voix pour adopter les principales décisions. Une minorité de blocage qui leur permet de bloquer toute décision n’allant pas dans leur sens. 

Un usage politique de la Banque mondiale qui est régulièrement critiqué, notamment du côté des pays en développement, car l’institution, pensée pour accompagner la reconstruction de l’Europe après la seconde guerre mondiale, s’est ensuite tournée vers le financement des pays en développement… en fixant un certain nombre d’exigences et d’obligations en échange du versement de ces aides financières. 

La Banque mondiale et le FMI ont ainsi été accusés de se servir de leur rôle pour diffuser et forcer la mise en oeuvre de réformes économiques néolibérales, comme l’ouverture économique et la libéralisation des échanges, contre l’accès à des financements. 

Un rôle politique qui inquiète donc, au moment où le prochain président doit être nommé par une administration ouvertement climatosceptique et très opposée au modèle multilatéral. A moins que les autres pays ne profitent de ce moment pour tenter de remettre en cause la toute-puissance de la Maison Blanche, ce qui reste à ce jour assez peu probable.

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