LE DIRECT
.

Audiovisuel public : haro sur la redevance

3 min
À retrouver dans l'émission

Le ministre des comptes publics a annoncé sa volonté de supprimer la contribution à l'audiovisuel public. Un débat, à nouveau relancé, sans que l'on sache ce qui remplacerait cette redevance ni, plus généralement, la voie à suivre pour l'audiovisuel public.

.
. Crédits : AFP

Gérald Darmanin, ministre des Comptes publics, a exprimé sa volonté de supprimer la redevance audiovisuelle. Il a en tout cas proposé sa suppression au président de la République, qui devrait donc décider dans les semaines à venir du destin de cette contribution, qui semble apparaître et disparaître dans le débat public au gré des majorités et de l’actualité, sans que jamais pourtant son sort soit fixé.

Véritable Arlésienne de la fiscalité française, cette taxe est ainsi régulièrement critiquée pour n’être plus adaptée au financement de l’audiovisuel public. Il faut dire que cette redevance est due par l’ensemble des contribuables, à condition qu’ils disposent d’une télévision et soient soumis à la taxe d’habitation. Avec la suppression de cette dernière, la perception de la redevance audiovisuelle deviendrait trop chère et trop compliquée… C’est en tout cas ce qu’a expliqué Gérald Darmanin. 

Un peu court pour les syndicats qui ont répliqué dans un communiqué : « Puisque la taxe est difficile à percevoir, supprimons-la ! ». Ils critiquent ainsi la position du ministre, la qualifiant de « réponse technocratique, simpliste et démagogique » à une véritable question : comment assurer la pérennité financière de l’audiovisuel public ? 

Il faut dire que la contribution à l’audiovisuel public rapporte, chaque  année, plus de 3 milliards d’euros, ce qui en fait la première source de financement des entreprises de l’audiovisuel public. On peut donc comprendre, dans de telles circonstances, l’angoisse des salariés de France Télévisions, mais aussi de Radio France ou d’Arte de voir s’évanouir cette véritable manne financière. D’autant que ces entreprises subissent déjà, depuis plusieurs années, des plans drastiques d’économie qui devraient se poursuivre et même s’amplifier.

L’enjeu est donc pour le service public de s’adapter aux nouvelles pratiques médiatiques des Français. Ainsi, de moins en moins de personnes possèdent aujourd’hui un poste de télévision et cette dynamique devrait aller en s’accélérant avec les nouvelles générations qui, pour la plupart, accèdent aux contenus directement sur leur ordinateur ou leur téléphone portable.

En réalité, les usages ont été totalement chamboulés par le numérique.  Il n’est pas rare qu’un écran ne soit même plus connectée à la télé, mais serve de moniteur pour une console de jeu, permettant d’accéder aux services de Netflix ou d’Amazon Prime. En clair, l’objet télévision n’est plus le moyen pertinent de comptabiliser les usagers de la télé. Sans compter le fait que nombre de contenus produits par le service public ne sont pas accessibles sur les écrans, mais bien par les ondes, qu’elles soient hertziennes ou numériques. 

Les propositions de réforme se sont donc multipliées ces dernières années. A commencer par celles qui proposent de ne plus taxer la présence de la télé, mais bien le nombre d’écrans en partage chez les ménages : non seulement notre bon vieux poste fixe, mais aussi les téléphones, ordinateurs, et autre tablettes connectés. En clair, tout ce qui permet d’accéder aux contenus en ligne, en direct ou en replay. 

D’autres se prononcent pour une contribution universelle et forfaitaire. C’est le cas notamment de la députée Aurore Berger, auteure d’un rapport parlementaire « sur une nouvelle régulation de la communication audiovisuelle à l’ère numérique ». Une telle contribution permettrait de juguler la baisse des recettes de la redevance et rapporterait, chaque année, entre 100 et 150 millions d’euros supplémentaire. Autant d’argent qui pourrait servir à « libérer, je cite, l’audiovisuel public des contraintes publicitaire en supprimant la pub sur Radio France et France 5 ». D’autres, enfin, proposent de remplacer la redevance par un prélèvement, infime mais universel, sur la consommation électrique.

Des comptes d’apothicaires qui peinent à faire oublier l’importance de l’effort demandé à l’audiovisuel public pour les quatre prochaines années : 20 millions d’euros pour la radio, 160 millions pour France Télévisions. Une cure d’austérité sans précédent, qui ne peut que nous interroger sur la capacité du service public à continuer de produire et de développer des contenus de qualité. 

L'équipe
Production
Avec la collaboration de

France Culture

est dans l'appli Radio France
Direct, podcasts, fictions

INSTALLER OBTENIR

Newsletter

Découvrez le meilleur de France Culture

S'abonner
À venir dans ... secondes ...par......