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Cannabis : les mirages du "nouvel or vert"

3 min
À retrouver dans l'émission

La légalisation du cannabis par le Canada a entraîné une fièvre spéculative pour les entreprises du secteur. Mais derrière cette ruée financière et médiatique, ce sont aussi des enjeux de santé publique et de réduction des trafics qui se jouent, occultés par le symbole entêtant du cannabis.

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. Crédits : Brendan Smialowski - AFP

Après un siècle de prohibition, le Canada est devenu le deuxième pays du monde -après l’Uruguay- à autoriser l’usage récréatif du cannabis. Promesse de campagne du libéral Justin Trudeau, cette décision du gouvernement est entrée en vigueur le 17 octobre dernier. 

En légalisant le cannabis au niveau fédéral, elle donne néanmoins aux régions le pouvoir et l’autorité pour organiser cette libéralisation. Au Québec ce sont ainsi les boutiques d’Etat de la société québécoise de cannabis qui auront le monopole de la vente. Le Manitoba et l’Alberta ont choisi quant-à-eux de confier pleinement cette commercialisation à des entrepreneurs privés. 

Ainsi de nombreuses entreprises, déjà spécialisées dans la production de cannabis à usage thérapeutique, se sont engouffrées dans la brèche des produits récréatifs. Par un phénomène d’emballement bien connu, chaque déclaration, chaque décision des politiques est analysée à la manière d’un haruspice, guettant le moment opportun pour investir. 

Et bien sûr la décision du gouvernement canadien a constitué ce signe, lançant la grande ruée des investisseurs vers cette nouvelle pépite financière. Certains parlent même d'un nouvel or vert. 

En réalité, il suffit d’un engouement, d’une passade financière, d’une ferveur passagère pour que toute matière soit virtuellement transformée en or. Dans un exercice d’alchimie financière, les traders de Wall Street -sortes de Nicolas Flamel des temps modernes- ont fait du cannabis la pierre philosophale des valeurs boursières. 

Usant jusqu’à la corde des métaphores euphorisantes, la presse s’emballe à son tour pour cette nouvelle valeur spéculative, tant financière que médiatique. L’or est désormais vert. Par la charge symbolique qu’il véhicule, l’or est convoqué dès qu’il s’agit de faire miroiter les possibilités d’un enrichissement démesuré.

Un article du Figaro évoque ainsi le cas de Tilray, entreprise canadienne spécialisée dans le cannabis médical, qui a multiplié par 13 sa valorisation boursière depuis son lancement... il y a deux mois. L’article cite un gérant de portefeuille qui explique que l’entreprise a atteint la capitalisation d’un groupe comme Renault. Et de s’extasier, je cite, « il y a encore de la place pour la spéculation effrénée à Wall  Street ». Nous voilà donc rassurés. 

Le gouvernement du Canada a assuré de son côté poursuivre avant tout des objectifs de santé publique. Aussi contre-intuitif que cela puisse paraître, la légalisation du cannabis pourrait en réalité être bénéfique pour la santé des Canadiens. Car légaliser la production et la consommation de cannabis, c’est aussi permettre l’émergence d’un marché encadré, offrant des produits dont la qualité et l’origine seraient contrôlés par l'Etat. 

L’ouverture d’un tel marché permettrait aussi de couper l’herbe sous le pied des bandes organisées qui gèrent pour l’instant la production et la vente du cannabis au Canada comme ailleurs. Le gouvernement fédéral canadien espère ainsi capter près d’un quart des ventes du marché noir d’ici à la fin de l’année et parvenir à son éradication d’ici quatre ans. 

La légalisation du cannabis permet aussi la création de nouvelles taxes, comme pour l’alcool ou le tabac, et permettant de dégager des ressources, consacrées à la prévention, la réduction des risques et la prise en charge de la dépendance. 

D’autant que la légalisation du cannabis ne conduit pas nécessairement à une augmentation de la consommation. On pourrait même postuler l’inverse quand on sait que la France, qui mène l’une des politiques les plus répressives en matière de lutte contre le cannabis, en est aussi le plus gros consommateurs d’Europe. Au dessus des Pays-Bas, qui ont pourtant légalisé la vente de cette substance dès 1976. 

Mais le cannabis, par son simple nom et l’imaginaire qu’il convoque : celui d’une société laxiste, lascive, abandonnée aux bras de la débauche, empêche en France toute réflexion approfondie sur cette question. Le cannabis agit comme un symbole, un signal qui déchaîne les marchés comme les passions. 

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