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Le ministre du commerce extérieur chinois, lors de la session d'ouverture du Forum pour la coopération de la Ceinture et de la Route, 3 juillet 2018

Les nouvelles routes de la soie

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Pékin développe actuellement un immense plan d'investissement de 3000 milliards de dollars afin d'affirmer sa suprématie commerciale et de créer de nouveaux débouchés pour ses exportations industrielles. Une bataille d'influence qui se joue également sur les terrains diplomatiques et stratégiques.

Le ministre du commerce extérieur chinois, lors de la session d'ouverture du Forum pour la coopération de la Ceinture et de la Route, 3 juillet 2018
Le ministre du commerce extérieur chinois, lors de la session d'ouverture du Forum pour la coopération de la Ceinture et de la Route, 3 juillet 2018 Crédits : GREG BAKER - AFP

Il ne s’agit plus ici de l’itinéraire suivi jusqu’au 15e siècle par les caravanes de chameaux, parties de Chine pour échanger épices, pierreries et autres denrées rares avec l’empire ottoman, la Perse ou Venise. Cette nouvelle initiative, portée personnellement par le président chinois Xi Jinping, vise à remodeler en profondeur les rapports que la Chine entretient avec ses partenaires commerciaux et à redessiner durablement le paysage géopolitique. 

L’objectif premier de Pékin est d’intégrer ses provinces les plus éloignées, comme celles du Yunnan ou du Tibet à son marché intérieur en leur faisant bénéficier de nouveaux débouchés commerciaux. Mais la Chine souhaite aussi faire de ces régions une véritable interface permettant de relier l’Empire du milieu au reste du monde. La Chine est actuellement en situation critique de surproduction et compte bien créer elle-même de nouveaux marchés pour exporter ses biens industriels. 

La Ceinture et la Route

Le pouvoir chinois a donc élaboré une stratégie appelée la Ceinture et la Route. Une stratégie qui repose sur des investissements tout azimut, permettant de désenclaver les parties les plus éloignées de son territoire et de dessiner de nouvelles routes commerciales avec l’Europe de l’Est, le sous-continent indien et la péninsule indochinoise notamment. 

En clair : la construction de milliers de kilomètres de rail, l’aménagement et le contrôle de ports de marchandise tout autour du globe ou encore le déploiement de gazoducs en Asie centrale. On se rappelle ainsi du rachat des activités du port du Pirée en Grèce par les opérateurs chinois Cosco. Autre manifestation de cette ambition chinoise, la traversée eurasiatique d’un train de marchandises, parti de Yiwu en Chine et arrivé directement à la gare de Barking à Londres après 19 jours de voyage. 

La Chine se donne les moyens de son ambition, avec plus de 3000 milliards de dollars d’investissements, prévus pour financer la stratégie d’expansion du pays. 220 milliards ont déjà été investis en 2016 et 2017 pour construire 2200 kilomètres de voies ferrées vers l’Ouest, mais aussi au Kazakhstan, au Népal et au Tibet. 

L'affirmation de sa puissance

Une façon pour la Chine d’affirmer sa puissance et de démontrer son indépendance vis à vis de ce qu’elle considère déjà comme des anciennes puissances, à savoir les confettis européens, toujours incapables de s’unir, et un empire américain sur le déclin. 

La Chine s’est pour cela dotée d’une arme de poids. Afin de concurrencer le Fonds monétaire international, qu’elle juge totalement inféodée aux intérêts américains, la Chine a proposé en 2014 la création d’une banque asiatique d’investissement pour les infrastructures. Un projet que les Etats-Unis ont bien entendu tenté de torpiller, appelant leurs alliés au boycott, mais qui compte aujourd’hui 84 membres parmi lesquels la Russie, la Turquie, mais aussi l’Allemagne, le Royaume-Uni et la France. 

Selon le géographe Michel Foucher, la Chine est en réalité en train de redécouvrir qu’elle peut être une puissance maritime. Elle mène selon lui une politique dite du “collier de perles”, à savoir une prise d’intérêts et de contrôle dans une série ports, qui nous rappelle singulièrement la politique menée par les britanniques au XIXe siècle et visant à installer des comptoirs maritimes tout au long de la route des Indes. Une stratégie bien comprise par la Chine qui se déploie aujourd’hui au Sri Lanka, à Suez ou encore dans le port du Pirée, au coeur de l’Europe. 

Et cette volonté de conquête ne concerne pas que les activités commerciales

La politique menée par Pékin concerne aussi les domaines diplomatiques et stratégiques. Afin de protéger ses intérêts à l’étranger, la Chine a ainsi autorisé la création de groupes privés de sécurités présents désormais sur l’ensemble de leurs terrains d’exploitation. 

Mais la Chine entend aussi disputer la suprématie américaine et plus généralement occidentale en matière de numérique. L’une des clefs de cette indépendance passe ainsi par le contrôle de l’incroyable réseau de câbles optiques sous-marins qui permet de faire circuler les informations d’un continent à l’autre. Là aussi, les autorités chinoises entendent remettre en cause le monopole occidental en s’appuyant sur les géants Huawei et China Mobile pour créer un immense marché informatique intercontinental.

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