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Eau forte extraite de l' "Atlas Nouveau contenant toutes les parties du monde" 1730 de Guillaume de L'Isle

Les frontières mouvantes du Royaume

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Alors que le Royaume-Uni a voté son retrait de l'Union européenne, la frontière avec la République d'Irlande, abolie depuis 1998 et les accords du Vendredi saint, menace de réapparaître et interroge sur les fragilités et fractures du royaume de Sa majesté.

Eau forte extraite de l' "Atlas Nouveau contenant toutes les parties du monde" 1730 de Guillaume de L'Isle
Eau forte extraite de l' "Atlas Nouveau contenant toutes les parties du monde" 1730 de Guillaume de L'Isle Crédits : Leemage - AFP

Les contours instables du royaume britannique

Comme une invisible tectonique des plaques, un glissement de terrain en puissance, l’Irlande se débat, se contorsionne : réplique imprévisible au séisme provoqué par le référendum de l’été 2016.

Depuis quelques semaines en effet, la terre tremble outre-Manche et l’on entrevoit les transformations profondes que cette décision pourrait avoir sur le paysage britannique. Cet événement a fait prendre conscience, en Irlande, comme au 10 Downing Street, de l’importante fracture qui sépare désormais l’Angleterre de l’Ecosse ou de l’Irlande du Nord. 

Un récent sondage, effectué par la Queen’s University de Belfast, indiquait ainsi que près de 70% des Nord-Irlandais souhaitaient rester dans l’Union. Les marges du Royaume apparaissent donc aujourd’hui comme autant d’îlots de résistance face à l’isolationnisme anglais, réactivant les inimitiés et les velléités d’indépendance des pays associés. 

Un risque de retour des frontières 

Les accords du vendredi saint avaient permis, en avril 1998, d’effacer la frontière entre Nord et Sud de l’Irlande. Organisant le désarmement des milices paramilitaires et le départ de l’armée britannique, ce texte mettait fin à une guerre civile larvée de près de trente ans. 

20 ans après, on voit resurgir le spectre de la frontière, réactivé par l’hypothèse d’un Brexit dur. De fait, si le Royaume-Uni sortait de l’Union, la frontière, aujourd’hui virtuelle, entre Nord et Sud, deviendrait la nouvelle marche de la couronne. 

L'hypothèse de l'unité irlandaise

Au delà des souvenirs douloureux qu’il convoque, le retour de la frontière entre Nord et Sud aurait également des conséquences pratiques pour les habitants et les entreprises de la région frontalière, qui ont oublié depuis bien longtemps cette démarcation fantôme. Les Irlandais sont donc vent debout contre l’idée de voir leur pays à nouveau séparé en deux, jusqu’à imaginer l’abolition pure et simple de la frontière.  

Les accords du Vendredi Saint laissent d’ailleurs la porte ouverte à une éventuelle réunification, en cas de majorité par référendum. S’ils ne sont aujourd’hui que 22% à le souhaiter, un autre sondage nous indique qu’ils seraient près de 50% à préférer rester dans l’Union, en se rattachant au Sud, plutôt que de suivre la Grande Bretagne.

"Un vieux réflexe de mépris impérial"

Et cela, Theresa May l’a très bien compris, opposée à la restauration d’une frontière dure entre les deux Irlande, craignant d’être celle qui verrait s’effondrer l’unité britannique. Mais son gouvernement n’a toujours pas proposé de solution tangible. Sa proposition de statut spécial pour l’Irlande du Nord, à la fois britannique et européen ne semble satisfaisant, ni sur le plan politique, ni sur le plan pratique.  

Toute cette situation donne l’impression d’une grande confusion et d’un tâtonnement hasardeux de la classe politique britannique. Il faut dire qu’une grande partie de celle-ci continue de voir la situation de ce lointain voisin comme un dommage collatéral, un détail fâcheux, qu’il convient de régler, fût-ce aux dépens des accords de paix. 

Un article du Monde explique ainsi qu’à droite comme à gauche, la tentation est forte de sacrifier l’Irlande sur l’autel du Brexit. Puisque ce sont les accords de paix qui empêchent de restaurer la frontière, rendant le Brexit effectif, il n’y a qu’à déchirer ces accords de paix. Une attitude envers l’Irlande, qui frappe par la légèreté incroyable avec laquelle elle aborde des sujets pourtant issus d’une histoire douloureuse encore très présente, réactivant “un vieux réflexe de mépris impérial à l’égard de son ancien vassal”.

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