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La voiture autonome présentée par Uber, bardée de capteurs et de caméras en tout genre

Les promesses (trompeuses) de la voiture autonome

3 min
À retrouver dans l'émission

Présentées comme le futur des mobilités, les voitures autonomes sont en réalité des sources sans précédent de pollutions et n'ont d'autonome que le nom.

La voiture autonome présentée par Uber, bardée de capteurs et de caméras en tout genre
La voiture autonome présentée par Uber, bardée de capteurs et de caméras en tout genre Crédits : Getty

Depuis quelques jours, la presse spécialisée s’extasie des évolutions et des révolutions en perspective dans le secteur automobile. Les constructeurs ont multiplié ces derniers temps les promesses d’alliance et de collaboration avec les géants du numérique pour construire la voiture du futur.

Volkswagen a ainsi annoncé, la semaine dernière, le lancement d’un partenariat technologique avec Microsoft. Le constructeur Renault-Nissan a conclu quant à lui, un accord de coopération avec Google pour équiper ses véhicules en technologies de pointe et les rendre autonomes. 

Il faut dire que les perspectives de développement économiques sont phénoménales : une étude réalisée par la société américaine ABI, estime que 8 millions de voitures autonomes seront sur les routes d’ici à 2025, soit un potentiel de 300 à 500 milliards d’euros de chiffre d’affaire. 

Pourtant, derrière l’attrait économique et l’intérêt pour la prouesse technologique, certains s’inquiètent de l’impact potentiellement désastreux de ces voitures dites « autonomes ». Comme l’explique Célia Izoard dans un article du média en ligne Reporterre, le développement de cette nouvelle génération de véhicules connectés est difficilement compatible avec l’idée de sobriété vers laquelle il faudrait pourtant se tourner si l’on veut éviter la catastrophe écologique qui vient.

Ainsi pour nous donner une idée de l’ampleur de ces bouleversements, l’article rappelle que ces voitures connectées regorgent de dizaines, voire de centaines de composants électroniques : ordinateur central, radars de longue portée, caméras et autres capteurs permettant au véhicule de se mouvoir sans l’aide d’un conducteur. Autant de pièces qui augmenteraient considérablement la demande en terres rares, issus d’activités minières, parmi les plus polluantes au monde. 

Sans compter que le développement de ces véhicules autonomes rendrait beaucoup plus attrayants les déplacements en voiture individuelle et entraînerait une multiplication des émissions de gaz à effet de serre. 

Au-delà des risques importants de pollution, le fonctionnement de ces voitures, conduirait également à une explosion de la production de données. La voiture automatisée repose sur la mobilisation de quantités astronomiques de données, produites pour guider la voiture en toute situation. Selon le patron d’Intel, un véhicule autonome consommerait ainsi en circulation autant que 3000 utilisateurs d'internet.

Il faut dire que leur transmission, analyse et stockage consomment de l’énergie. Beaucoup d’énergie. Des milliards et des milliards d’informations stockées dans le cloud, cet espace nébuleux généré par pour garder au lointain nos informations du quotidien. 

Autant de puissance informatique qu’il faudra bien entendu alimenter en électricité. Un rapport de Greenpeace nous rappelle ainsi que le secteur informatique est d’ores et déjà responsable de 7 % de la consommation mondiale d’électricité. Soit plus que la consommation de pays comme la Russie, le Japon ou l’Allemagne. 

Enfin, la généralisation de ces voitures de haute technologie implique la modernisation de l’ensemble des infrastructures leur permettant de fonctionner. Le fonctionnement à grande échelle de ces véhicules nécessitera le déploiement de la 5G et l’équipement des voies de circulation en caméras, transmetteurs radios et autres outils de communication. Une autoroute expérimentale dans le Nord de l’Europe est ainsi équipée, sur une dizaine de kilomètres, d’antennes et d’ordinateurs tous les 500m et de caméras tous les 100m... 

On ose à peine imaginer la quantité de matériel nécessaire et les investissements faramineux qui devront être dégagés pour équiper l’ensemble des routes d’Europe. Autant d’argent qui pourrait d’ailleurs être utilisé pour développer des modes de déplacement alternatifs, sobres et collectifs. 

Au-delà du caractère pratique de ce bouleversement, c’est surtout la manière de le présenter qui a de quoi nous interroger. On pense ainsi aux paroles du philosophe André Gorz, qui expliquait en 1973 que l’automobile, présentée comme un symbole absolu de liberté, était en réalité largement dépendante de la consommation d’une « foule de services marchands et de produits industriels que seuls des tiers peuvent fournir ». A commencer par le pétrole. 

Une critique qui n’a rien perdu de sa pertinence tant les sources de cette dépendance se sont multipliées pour développer des véhicules qui n’ont plus d’autonome que le nom.

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