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Des missiles lancés par un drone Predator

Le silence des drones de combat

3 min
À retrouver dans l'émission

Armer les drones a pu apparaître comme une avancée permettant de faire la guerre sans mettre la vie de nos hommes en danger. Elle produit en réalité une forme de guerre lointaine, reléguant l'action de tuer à une réalité diffuse, virtuelle dont pourraient bientôt s'emparer les algorithmes et l'IA.

Des missiles lancés par un drone Predator
Des missiles lancés par un drone Predator Crédits : Getty

Ces engins qui opèrent et se meuvent, au sol ou dans les cieux, sans jamais qu’un pilote n’ait à en assurer les commandes. Apparu dès la seconde guerre mondiale, le drone est rapidement développé pour des missions de reconnaissance et d’exploration sur les théâtres d’opération.

La rupture se produit en 2001 lorsque le drone américain Predator largue le tout premier missile Hellfire -littéralement feu de l’enfer- qui deviendra l’arme de prédilection, dans les conflits du Moyen Orient, ouverts par les attentats du 11 septembre. L’usage du drone commence alors à se développer et à se diffuser chez de nombreux pays comme le Pakistan, la Chine ou l’Arabie Saoudite.

Les mirages du drone

Il faut dire que le drone semble présenter de nombreux avantages. Il représente même une rupture fondamentale dans la manière de faire la guerre. On peut désormais faire voler un drone bien plus longtemps qu’un avion classique et pour bien moins cher.

Pour le philosophe de la guerre, Jean-Baptiste Jeangène Vilmer, le drone serait ainsi un « progrès technologique, opérationnel et moral ». Armer les drones permettrait en effet de réduire le temps d’intervention et d’augmenter la précision des tirs. Selon lui, je cite, « il ne s’agit pas de choisir entre le bien et le mal, mais entre le fait de recevoir une bombe d’avion classique ou un missile de drone, beaucoup plus précis et moins dommageable ».

Le drone serait ainsi la promesse d’une guerre propre, silencieuse, responsable même. Une guerre de précision, employant des bombes taillées sur mesure pour ne tuer que les vrais méchants.

Des armes autonomes, lointaines et mal contrôlées

De nombreux d’intellectuels, spécialistes de la défense ou lanceurs d’alerte se sont mobilisé ces dernières années pour dénoncer l’usage inconsidéré de ces armes autonomes, lointaines et très mal contrôlées. Il faut dire que sous la présidence Obama, l’usage de drones militaires a pris une toute nouvelle ampleur, avec dix fois plus de frappes que sous l’administration Bush.

Barack Obama s’est expliqué en rappelant que les attaques de drones ne concernaient que des personnes représentant une « menace permanente et imminente pour le peuple américain », mais cette qualification relativement floue permet aux Etats-Unis d’intervenir n'importe où sur la planète sans avoir à rendre de comptes à personne.

Les frappes américaines  ont ainsi causé la mort de près de 700 personnes au Yémen, alors même que les Etats-Unis n’étaient pas officiellement en guerre contre ce pays.

Des frappes qui ne touchent pourtant pas que les combattants. C’est même le moins que l’on puisse dire. Dans son livre La machine à tuer, le journaliste Jeremy Scahill révélait ainsi qu’entre 2012 et 2013, en Afghanistan, seules 35 des 200 personnes abattues par drones étaient réellement ciblées. Tous les autres étaient des civiles. Ce que l’on appelle pudiquement, les « dégâts collatéraux » pour feindre le caractère inévitable de ces bavures militaires.

Une mise à distance des combats

Les drones ont eu pour effet de nous éloigner de la réalité des combats. Privés de pilotes, ces avions furtifs explorent et bombardent au lointain, sans que jamais un homme ne soit mis en danger. Entre le drone et le pilote, les écrans d’ordinateurs opèrent une mise à distance supplémentaire, reléguant l’action de tuer à une réalité diffuse, presque virtuelle.

Une dématérialisation qui conduit à une forme de déresponsabilisation, tant ces frappes et ces morts semblent abstraits. D’autant que ces machines pourraient rapidement se libérer du contrôle de l’homme, fondant leur décision sur des algorithmes d’intelligence artificielle et des logiciels de reconnaissance faciale.

Des évolutions qui posent de nouvelles questions éthiques. Comme au XIIe siècle l’interdiction de l’arbalète ou le bannissement des armes chimiques au sortir de la première guerre mondiale, la diffusion du drone doit nous interroger sur les limites nécessaires d’un dispositif de surveillance et de destruction généralisée.

Pour le philosophe Grégoire Chamayou, le drone s’apparente ainsi à l’arme du lâche, qui déserte le champ de bataille tout en envoyant ses destructeurs-fantômes. Alors que la France a choisi de se doter de ces drones de combat, il convient de s’interroger sur la pertinence de ces nouveaux outils ainsi que sur le type de guerre que nous menons. Avec ou sans hommes donc.  

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