LE DIRECT
A Chicago, une manifestation pour porter le salaire minimum à 15 dollars

Éloge du salaire minimum

3 min
À retrouver dans l'émission

Longtemps considéré par les économistes classiques comme un frein à la croissance et l'emploi, le salaire minimum connaît aujourd'hui un retour en grâce pour ses vertus en matière économique, sociale et même sanitaire.

A Chicago, une manifestation pour porter le salaire minimum à 15 dollars
A Chicago, une manifestation pour porter le salaire minimum à 15 dollars Crédits : AFP

Longtemps considéré par les économistes classiques comme un frein à la croissance et l’emploi, il semblerait que le revenu minimum connaisse aujourd’hui un retour en grâce, pour ses vertus en matière économique, sociale et même sanitaire.

L’économiste Gilles Raveaud explique ainsi, dans un article publié par l'hebdomadaire Alternatives économiques, que de nombreuses études empiriques ont permis de battre en brèche l’idée selon laquelle l’instauration d’un salaire minimum aurait un effet négatif sur l’emploi, que ce soit au Royaume-Uni, qui a adopté un salaire minimum en 1999 ou en Allemagne, qui fit de même en 2015. 

Bien au contraire, l’instauration d’un revenu minimum aurait permis, en renchérissant le pouvoir d’achat des ménages, de stimuler la consommation, avec un impact positif sur l’emploi. Une logique de cercle vertueux pourtant bien connue et documentée. Mais les économistes classiques préféraient, jusqu’à présent, voir dans l’instauration d’un revenu minimum une rigidité supplémentaire pour l’entreprise, la contraignant dans sa capacité de développement. Une vision hautement idéologique qui fait du salaire et donc du travailleur la principale variable d’ajustement de l’entreprise ou plutôt son principal frein.

Or justement, certaines études démontrent que le « coût du travail », trop souvent mobilisé par les entreprises et les gouvernements, pour peser à la baisse sur les salaires, est loin d’être le seul à avoir une incidence sur l’emploi. 

Il faut également prendre en compte l’impact, non négligeable, du « coût du capital » - à savoir les intérêts versés aux banques et surtout les dividendes accordés aux actionnaires, qui se sont envolés ces dernières années, mais qui intéressent toujours moins que le fameux « coût » du travail.

La hausse du salaire minimum aurait surtout un effet bénéfique pour l’ensemble de la société. Et pour étayer cette affirmation, Gilles Raveaud se tourne vers les Etats-Unis, gigantesque laboratoire d’observation des effets sociaux et sanitaires de l’instauration du salaire minimum. Il faut dire qu’au niveau fédéral, le salaire minimum est à un niveau misérable : à peine 7,25 dollars de l’heure, mais que les Etats sont libres de mettre en oeuvre une obligation salariale plus élevée. 

Ainsi, la Californie, le Massachusetts ou encore l'État de New-York, se sont engagés à le porter à 15 dollars de l’heure d’ici à 2025. Cette mesure figure également dans la majorité des programmes des candidats démocrates, qui entendent modifier la loi au niveau fédéral.

Or, selon le sociologue Matthew Desmond, les bienfaits du salaire minimum seraient aujourd’hui largement sous-estimés. Ainsi le premier bénéfice de ce dernier serait de permettre une réduction du temps de travail : les personnes percevant un meilleur salaire n’ayant plus nécessairement à cumuler deux voire trois emplois, en travaillant jusqu’à 80 heures par semaine. 

Et cela a une véritable incidence sur leur santé et leur prise de décision, car en diminuant la charge de travail et le stress associé, les personnes sont plus reposée, elles ont plus de temps pour prendre soin d’elles-mêmes et, notamment, mieux se soigner. De même, les études menées par Matthew Desmond prouvent que le salaire minimum réduit les violences conjugales et les mauvais traitements infligés aux enfants. 

Bénéficier d’un salaire décent est également bénéfique pour lutter contre la dépression, pour favoriser un régime alimentaire sain ou pour mieux dormir. Une mesure qui a donc non seulement un effet économique et social, mais aussi une véritable incidence sur les corps eux-mêmes.

A l’inverse les bas salaires sont fortement dommageables pour la santé des travailleurs. Ils devraient donc être combattus, comme le conclut Gilles Raveaud, au même titre que les autres maladies professionnelles. On ne saurait dire mieux. 

Des éléments qui pourraient d’ailleurs nous intéresser et nous inspirer à l’heure où l’on s’interroge sur les moyens de redonner du sens et un esprit commun au projet européen.

L'équipe
Production
Avec la collaboration de

France Culture

est dans l'appli Radio France
Direct, podcasts, fictions

INSTALLER OBTENIR

Newsletter

Découvrez le meilleur de France Culture

S'abonner
À venir dans ... secondes ...par......