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La visitation, église d'Ein Kerem à Jérusalem

Alertez les mamans

3 min
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En Italie ou au Danemark, des publicités appellent les femmes à procréer davantage. Des pratiques qui interrogent sur la manière de considérer la grossesse et la fécondité dans nos sociétés.

La visitation, église d'Ein Kerem à Jérusalem
La visitation, église d'Ein Kerem à Jérusalem Crédits : GODONG / PHOTONONSTOP - AFP

“Le système de protection sociale danois est sous pression. Il n’y a toujours pas assez de bébés qui naissent chaque année. Et cela nous concerne tous. Mais ceux qui en souffrent le plus, ce sont certainement les mères qui ne pourront jamais être grand-mères”, c’est par ces mots que s’ouvre une publicité danoise, vantant la nécessité pour les femmes de procréer. 

S’ensuit un chapelet de scènes mi amusantes, mi gênantes, montrant un couple en train de faire du sport ou prenant le soleil à la plage… activités censées stimuler la libido en libérant des molécules d’endorphine dans le cerveau. On découvre alors que la vidéo est en fait une publicité pour une agence de voyage et non un clip officiel pour relancer la fécondité.

Si la situation de la natalité est effectivement jugée préoccupante par certains économistes, cette vidéo a cependant été très mal accueillie  au Danemark par un certain nombre de féministes, s’offusquant non seulement de l’absence totale des hommes dans cette vidéo mais surtout du ton paternaliste et moralisateur qu’elle emploie pour vanter les mérites de la maternité. 

Une pub qui joue sur la provocation

Pourtant cela n’est pas le seul exemple où  les femmes qui font le choix de ne pas avoir d’enfant sont montrées du doigt, comme n’accomplissant pas leur devoir envers leur pays ou même parce que, pour beaucoup, la féminité est encore nécessairement liée à sa fonction procréative. 

En atteste une autre campagne de publicité menée en Italie par le gouvernement pour promouvoir la procréation. Sur certaines affiches, on peut ainsi lire “La beauté n’a pas d’âge, la fertilité si”, illustrées par un sablier qui s’écoule lentement.

Un des slogans trouvés par le ministère de la santé italien pour son plan de lutte contre la dénatalité, qui devait culminer en une journée spéciale, point d’orgue de cette mobilisation générale pour la fertilité.

Et point d’orgue il y a eu, si l’on en croit un article de Courrier International à ce sujet, qui rapporte que cette initiative a entraîné un déluge de critiques sur les réseaux sociaux, dénonçant là aussi le caractère moralisateur d’une campagne oubliant commodément que pour faire un enfant, il faut à la fois une femme… et un homme. 

Un choix intime soumis à de multiples facteurs

De nombreux internautes ont également rappelé, qu’il était nécessaire de prendre en compte la situation économique difficile en Italie comme l’une des causes de cette faible natalité. 

Ainsi, l’auteur et intellectuel Roberto Saviano a dénoncé sur twitter cette campagne, à ses yeux “une insulte faites à tous : ceux qui n’arrivent pas à concevoir, et ceux qui aimeraient mais n’ont pas de travail”. Un article du quotidien Linkiesta rappelle ainsi qu’en Italie seul 57% des femmes âgées de 25 à 54 ans travaillent contre 83% en Suède. 

On a donc des femmes et des couples qui choisissent de ne pas avoir d’enfant à cause d’une trop grande précarité économique. Le journal ajoute que le système d’aide sociale et de prise en charge de la petite enfance pèse également très lourd dans le désir d’enfant. Or l’Italie ne consacre que 2% de ses dépenses nationales aux politiques et services familiaux. En conséquence : 1,3 enfants par femmes en Italie contre 1,9 en Suède.  

L'enfant, un potentiel de croissance comme les autres ?

S’il est vrai que la natalité est plutôt un signe d’optimisme en l’avenir et de dynamisme d’une nation -ce dont on peut se réjouir- ce type de comparaison est pourtant étrange, en ce qu’elle conduit à considérer les naissances et les femmes comme une variable de croissance comme les autres. 

On a ainsi tendance en France à se gargariser chaque année des capacités reproductives exceptionnelles des femmes avec des titres tels que “Les françaises, championnes européennes de la natalité”.

Des articles expliquant doctement que la France, deuxième économie de la zone euro, a pour elle un avantage sur son concurrent germanique grâce à sa forte fécondité. Le tout souvent accompagné d’un cocorico triomphant... 

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