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Patrick Drahi

Les tours de magie de Patrick Drahi

3 min
À retrouver dans l'émission

Avec des dizaines de milliards d'euros de dette, l'entreprise Altice et son patron Patrick Drahi sont contraints de multiplier les tours de passe-passe pour masquer un fonctionnement capitaliste fondé sur la dette.

Patrick Drahi
Patrick Drahi Crédits : ERIC PIERMONT / AFP - AFP

D’un côté, nous retrouvons celui qui a été qualifié de Houdini des télécoms pour ses capacités d’escamoteur financier hors-pair, le fameux Patrick Drahi, patron de la société Altice. De l’autre, nous avons le principal espace de prestidigitation économique, sorte de rassemblement international de magiciens anonymes : vous aurez reconnu les marchés financiers.

Il semblerait ainsi que la guilde des magiciens anonymes ait enfin mis à jour les secrets et les tours du génie du mobile. Comme si la sidération ou l’hypnose s’effaçant, ces derniers découvraient, la réalité du modèle économique du groupe, propriétaire entre autres de SFR, mais aussi de BFM, Libération ou encore L’Express.

Il faut dire que Patrick Drahi était passé maître dans l’art de dissimuler les montagnes de dette d’un empire vivant à crédit. Sorte de coffre à double fond : des montages juridiques et financiers parvenaient à faire oublier les 50 milliards d’euros de dette du groupe, pour les maquiller en stratégie d’expansion continue.

Un charme qui semble pourtant avoir été levé il y a un peu plus d’un an. Un retour à la réalité marqué par la chute incontrôlée du cours en bourse de la firme, perdant en quelques jours plus d’un tiers de sa valeur.

Patrick Drahi a alors annoncé une série de mesure visant à rétablir la confiance des marchés. Car il en est de l’économie financière comme d’un tour de magie : elle ne fonctionne que s’il existe une entente tacite entre les acteurs. Il convient donc de multiplier les effets de manche pour que l’illusion tienne, sans quoi l’édifice s’écroule comme un château de carte.

Tentant de reprendre la main, le patron d’Altice a donc annoncé une série de changements dans la direction de l’entreprise, à commencer par son retour à la tête de la firme, mais aussi la nomination d’un  nouveau directeur général ou encore le remplacement du patron des activités médiatiques du groupe.

Des changements drastiques qui semblent pourtant n’avoir pas été suffisants.Il semblerait que les investisseurs n’aient guère été convaincus par cet habile tour de passe-passe visant à réaffirmer la capacité d’adaptation et le dynamisme du groupe. Comme l’explique un analyste financier, interrogé par Mediapart, « le problème chez Altice n’est pas un problème de management, mais celui d’une structure capitalistique insoutenable ». En clair, le problème, c’est la dette.   

En effet, tout l’empire fonctionne sur un système de vases communicants, où les actifs doivent être en mouvement perpétuel pour maintenir intacte l’illusion de santé financière. C’est ce que l’on appelle un structure de « leverage buy out », soit un dispositif de rachat et de transfert de la dette entre les différentes entités de l’empire.

Une structure en mouvement permanent qui ne va pas sans une forme d’instabilité structurelle puisqu’il suffit d’un arrêt ou même d’un ralentissement des financements pour que toute la structure soit mise en péril. C’est donc un cercle vicieux auquel se trouve confronté l’illusionniste Drahi : la perte de confiance des marchés entraîne un affaiblissement des résultats, qui à leur tour continuent de refroidir les investisseurs potentiels.

Des déboires qui ont commencé avec les mauvais résultats de SFR, pourtant au cœur de l’empire Drahi. Comme l’explique la journaliste Martine Orange dans son article de Médiapart, l’opérateur de télécoms constitue à la fois « sa pierre angulaire et son talon d’Achille » puisqu’il réalise à lui seul la moitié du chiffre d’affaire, mais porte aussi une partie substantielle de l’endettement du groupe.

Le problème c’est que l’entreprise a connu ces derniers temps une série de déboires financiers, et une multiplication des accusations de dysfonctionnement, de ventes forcées ou même d’escroqueries par des clients jurant, mais un peu tard, qu’on ne les y prendrait plus.

Une perte de confiance qui s’est traduit par la perte de plus de deux millions de client en deux ans. Et si l’entreprise regagne ces derniers mois des abonnés, le signal envoyé à l’époque a été désastreux pour la firme qui soit désormais faire la preuve perpétuelle de sa bonne santé face à d'insaisissables marchés.

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