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Raffinerie Total, Feyzin

Climat : ne rien changer pour que rien ne change

3 min
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En passant de l'objectif de réduction par 4 des émissions de gaz à effet de serre à celui de neutralité carbone, le gouvernement opère un renoncement sans précédent, s'en remettant, toujours et encore, à la science et au progrès comme seuls remèdes à nos excès.

Raffinerie Total, Feyzin
Raffinerie Total, Feyzin Crédits : Getty

Le gouvernement a décidé d’abandonner le facteur 4 en matière de réduction des gaz à effet de serre. Un renoncement d’une rare gravité et dont on a, cette semaine, trop peu parlé. Difficile en effet de captiver les esprits avec une expression aussi barbare que technocratique. Pourtant derrière ces termes compliqués de « facteur 4 »  se cache une réalité assez simple : la volonté énoncée par le gouvernement français de diviser par quatre les émissions de gaz à effet de serre entre 1990 et 2050. 

Un objectif qui remonte à 2005, sous la présidence de Jacques Chirac, et qui fût confirmé, depuis, par chacun de ses successeurs : Nicolas Sarkozy en 2009, avec le Grenelle de l’environnement et François Hollande avec la loi de transition énergétique. Le gouvernement s’apprête donc à supprimer un élément central de la politique énergétique et climatique de la France, sans que cela ne semble émouvoir les foules. 

Il faut dire que la décision du gouvernement a été pour le moins discrète... C’est ainsi en examinant le projet de loi énergie, transmis au Conseil économique et social par l’exécutif, que les journalistes de Libération ont repéré que les mots « diviser les émissions de GES par quatre  » avaient été remplacés par « atteindre la neutralité carbone  à l’horizon 2050 ». Or ça n’est pas, mais alors pas du tout la même chose.  

Ainsi, la loi en vigueur fixe clairement un objectif de réduction des émissions de GES et donc de consommation d’énergie. Avec le projet du gouvernement, la logique est toute autre : il s’agit d’atteindre un équilibre entre la quantité de gaz émis et celle absorbée ou captée. En clair, continuez de consommer, de polluer, ou d’expulser des tonnes de gaz dans l’atmosphère, on trouvera bien des solutions pour les compenser. 

Parmi ces solutions, on retrouve ainsi des méthodes relativement traditionnelles de compensation du CO2, comme la création et la préservation de forêts, prairies et autres  zones humides, mais aussi des procédés techniques, industriels mêmes, de capture et de stockage du carbone.

Des méthodes de captation et de stockage qui sont pourtant loin de faire l’unanimité,  car ces méthodes sont jugées problématiques, tant au niveau technique que politique. Ainsi des chercheurs pointent les limites et les risques liés à ces technologies, qui vont de l’aspiration du CO2 dans l’atmosphère à l’injection de minéraux dans l’océan pour y fixer le carbone, et dont on arrive encore mal à prédire les effets -potentiellement désastreux- sur les écosystèmes. 

Si les scientifiques s’accordent aujourd’hui sur la nécessité de retirer du CO2 de l’atmosphère, pour atteindre l’objectif de limitation des températures à 2 degrés, ils nous mettent toutefois en garde face au risque politique, éthique même, présenté par de telles solutions. Le danger étant de se reposer intégralement sur le progrès technique pour ne rien changer à nos pratiques. 

Les solutions technicistes concourent en effet à maintenir l’illusion selon laquelle l’homme peut continuer de consommer, produire et polluer, comme il le fait de toute modernité, la science sera toujours là pour le sauver.

C’est justement ce qui est critiqué ici avec la décision du gouvernement. Car en passant du facteur 4 à la neutralité carbone, le gouvernement abandonne l’objectif d’une réduction absolue des émissions, pour se livrer à des comptes d’apothicaire et voir si les émissions, quel que soit leur niveau, ont bien été compensés.

Or les scientifiques sont formels, on ne pourra faire face à cette crise sans précédent si l’on ne change pas drastiquement nos modes de vie, de consommation et de production. Cette logique de neutralité carbone est donc un signal désastreux envoyé aux consommateurs, aux investisseurs, aux industriels. 

C’est une manière de dire, « ne changez rien », d’autres se chargent de compenser votre action. Une manière, de prôner, toujours et encore, la science et le progrès comme seuls remèdes à nos excès. Une manière de légitimer l’inaction, de promouvoir l’impuissance pour garantir, toujours, l’économie et la croissance. 

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