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Lyon-Turin : un tunnel sans fin ?

3 min
À retrouver dans l'émission

Un rapport du ministère italien des Transports pointe le caractère "inutile et onéreux" du projet de liaison ferroviaire entre Lyon et Turin. Un sujet qui fracture la coalition italienne et met en évidence les insuffisances et les incohérences d'un projet pensé au siècle dernier.

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. Crédits : AFP

Le projet Lyon-Turin doit relier la capitale des Gaules à la métropole piémontaise grâce à une ligne ferroviaire à grande vitesse, traversant les massifs alpins par une gigantesque percée dans la roche.

Pour les artisans et les partisans de la ligne, l’objectif est clair : il s’agit non seulement de diviser le temps de trajet par deux, mais aussi de faire passer sur les rails une partie importante du trafic de poids lourds qui engorge et pollue actuellement les Alpes. A la clef,  trois millions de tonnes de CO2 en moins dans nos belles montagnes.

Une idée a priori de bon-sens. Il faut dire qu’il y a, à l’origine de ce projet, la volonté affichée par la France et l’Italie, mais aussi l’Allemagne, la Suisse, l’Autriche, de protéger les Alpes à travers la « convention alpine » – un traité international conclu entre les pays alpins et l’Union européenne.

Mais le projet suscite depuis plus de trente ans de vives oppositions. Ses adversaires, nombreux, aussi bien chez les élus de terrain que les associations de défense de l’environnement, fustigent un projet démesuré et expliquent que les infrastructures actuelles, loin d’être saturées, pourraient être modernisées, pour s’adapter aux besoins de la société.

Il faut dire que les concepteurs du projet s’appuyaient, il y a trente ans, sur des prévisions de triplement du fret, or celui-ci est inférieur aujourd’hui à ce qu’il était en 1988. Les retombées financières du projet sont, elles-aussi, pour le moins contestable. Ainsi, en comptant la création de cette nouvelle ligne à grande vitesses et le creusement d’au moins quatre nouveaux tunnels, le projet atteindrait la somme astronomique de 26 milliards d’euros. 

Or, dans le même temps, la rentabilité du projet est largement remise en cause. Dans un rapport, remis au gouvernement en 2014, la Cour des comptes émettait un avis sévère sur le projet et recommandait alors « de ne pas fermer trop rapidement l’alternative consistant à améliorer la ligne existante ». Elle rejoignait en cela l’avis du Conseil général des ponts et chaussées ou de l’Inspection des finances qui estimaient que le Lyon-Turin était trop cher et l’équilibre hors d’atteinte. 

C’est aujourd’hui un rapport du gouvernement italien qui met le feu aux poudres. Demandé par les membres de la coalition italienne, le rapport pointe les déséquilibres financiers du projet, estimant que la ligne présente « une rentabilité très négative » avec des coûts supérieurs de 7 milliards d’euros à ses bénéfices escomptés.

Il faut dire que le projet de liaison Lyon-Turin est une véritable pomme de discorde entre la Ligue du Nord et le Mouvement 5 étoiles qui gouvernent ensemble l’Italie depuis tout juste un an. La ligue, fortement implantée dans le Nord de l’Italie, vante les mérites d’un projet permettant de développer la région et de créer des emplois, quand les 5 étoiles dénoncent un gaspillage inutile d’argent public. 

Face à cette indécision italienne, l’Union européenne, qui finance la moitié du projet et a déjà investi plusieurs centaines de millions d’euros, a adressé un ultimatum à Rome : en cas de suspension du projet, l’Union se réserve le droit de revenir sur l’accord de subvention et même d’exiger le remboursement des sommes engagées.

C’est finalement le premier ministre, Giuseppe Conte, qui a trouvé une solution pour sortir temporairement de cette crise. Il a en tout cas réussi à gagner du temps en rédigeant un texte, une acrobatie juridique pour la presse italienne, permettant d’éviter l’implosion de la coalition. Il a ainsi adressé une lettre à la société TELT, en charge des travaux, l’invitant, je cite, à « s'abstenir de toute activité pouvant entraîner des blocages juridiques et économiques pour l'État italien ». 

En clair, le gouvernement a ouvert la voie aux procédures préalables aux appels à projet, sans pour autant s’engager sur les appel à projet eux-mêmes. Un exercice d’équilibriste qui offre six mois au gouvernement italien pour se mettre d’accord, sans pour autant perdre les 300 millions d’euros de financement communautaire. 

Un stratagème, surtout, pour passer les élections européennes, qui devraient non seulement départager les Étoiles de la Ligue, mais aussi signer, la reprise ou l’arrêt, des liaisons transalpines. 

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