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Coca-Cola : la recherche scientifique sous pression

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Une enquête du Monde dévoile les pratiques de la multinationale du soda pour aiguiller, influencer, censurer les recherches scientifiques en matière nutritionnelle et diététique. L'objectif de la firme étant de se disculper de son rôle dans la propagation de l'épidémie d'obésité et de diabète.

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. Crédits : Getty

Alors qu’un rapport du Sénat relance aujourd’hui la polémique autour de la nocivité réelle ou supposée du glyphosate, il était intéressant de constater qu’il n’y a pas que pour les pesticides que se pose la question de la fiabilité de ces publications, trop souvent entachées par la proximité, bien réelle, entre scientifiques et intérêts économiques.

C’est ainsi une enquête du Monde qui lève le voile sur la pression qu’exerce la multinationale du soda sur les scientifiques afin d’influencer, aiguiller ou enterrer les publications contraires à leurs intérêts. Il faut dire que depuis la fin des années 2000, Coca-Cola et consorts sont régulièrement mis en cause pour le rôle joué dans l’épidémie mondiale d’obésité et de diabète.

La firme américaine s’engage alors dans un vaste programme de financement d’études scientifiques et de partenariats afin de changer son image et de renvoyer la faute sur le consommateur. L’objectif de Coca Cola est de relativiser l’importance du sucre dans le déclenchement de telles maladies pour mettre l’accent sur le manque d’activité physique

En clair, si vous êtes en surpoids ou souffrez de diabète, vous ne pouvez vous en prendre qu’à vous-même. Vous n’avez qu’à faire un peu plus de sport. Pas la peine de vous soucier de la consommation d’une petite canette de Coca, qui contient pourtant l’équivalent de sept morceaux de sucres dilués dans 33cl de boisson gazeuse.

Coca Cola a donc multiplié les financements de réunions, symposiums et autres conférences réunissant des professionnels de la santé, avec en ligne de mire, l’établissement de partenariats pérennes avec différentes sociétés savantes et scientifiques. L’entreprise a ainsi versé 80 000 euros à la Société française de médecine de l’exercice du sport, 140 000 pour les journées annuelles de nutrition pratique.

Mais une partie importante des financements de la firme va directement dans le soutien à des institutions et des projets de recherche sur les questions de nutrition et de diététique. Parmi ces projets, on peut citer Creabio, qui a bénéficié de 930 000 euros pour établir en 2018 qu’il n’existait aucune différence entre l’eau et les boissons contenant des édulcorants basses calories, en terme d’effets sur l'appétit ou d’apport énergétique.

En un dizaine d’année, Coca-Cola a dépensé près de 120 millions de dollars en projets de recherche et en partenariats. Mais ce n’est qu’en 2015, grâce à une enquête approfondie du New York Times que l’on apprend l’étendue de ces partenariats et de ces financements. L’enquête révèle ainsi que Coca Cola s’est particulièrement impliqué dans la coordination d’un « réseau mondial sur l’équilibre énergétique » visant à promouvoir des solutions pour contrer l’épidémie mondiale d’obésité.

Cette organisation réunit donc des scientifiques influents qui acceptent, en échange d’une rémunération de Coca-Cola, de publier des articles niant la causalité entre consommation de boissons sucrées et risque de surpoids.

Suite à la publication de l’enquête du New York Times, la firme américaine prend néanmoins une série d’engagements concernant les travaux scientifiques qu’elle sponsorise. Coca-Cola assure que les scientifiques effectuant des recherches grâce à un financement de la firme auront désormais la « maîtrise totale de la conception de l’étude, de son exécution, de la collecte, de l’analyse et de l’interprétation des données ». Nous voilà rassurés.

En réalité, Le Monde explique que si ces contrats ne contiennent aucune disposition accordant à la firme un contrôle absolu sur les études, ils lui permettent d’exercer une influence sur les études et les publications qui en résultent. C’est ainsi « une multitude de clauses et de subtilités [...] qui créent une possibilité de censure »

Tout au long du processus, la multinationale exerce un droit de regard sur les recherches et peut, à tout instant stopper ou enterrer les résultats s’ils ne vont pas dans son sens. Autant dire que tout ce qui sort effectivement de ces études est sponsorisé par Coca-Cola.

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