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Théodore Roosevelt et son gros bâton

Des nouvelles de l'exception cubaine

3 min
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Les députés cubains viennent d'élire leur nouveau président, Miguel Diaz-Canel. Une élection qui nous interroge sur les marges de manœuvre d'un Etat en graves difficultés financière et qui entretient une longue histoire de dépendance et de prise de distance avec le pouvoir américain.

Théodore Roosevelt et son gros bâton
Théodore Roosevelt et son gros bâton Crédits : William Allen Rogers Courtesy of Granger Collection

Cuba fut longtemps sous la domination américaine du fait de la doctrine Monroe, qui établissait le primat des Etats-Unis sur l’Amérique centrale. On se rappelle ainsi qu’en 1898, les Etats-Unis interviennent à Cuba pour prêter main-forte aux insurgés qui se révoltent contre l’occupant espagnol. Une aide qui n’est pourtant pas gratuite puisque les Etats-Unis occupent militairement le territoire pendant plus de quatre ans. 

En 1902, les forces armées américaines quittent enfin le territoire cubain mais, conformément à l’amendement Platt, continuent d’occuper la base navale de Bahia Honda et... de Guantanamo. Officiellement, les Cubains accèdent formellement à l’indépendance, mais en réalité, entrent de plain-pied dans l’ère de domination américaine. Les Etats-Unis sont ainsi garants de la constitution et s’arrogent le droit d’intervenir dans les affaires du pays en cas de besoin.

La diplomatie du gros bâton

C’est le fameux corollaire Roosevelt : les Etats-Unis ne se placent plus seulement comme gardiens de la neutralité dans leur arrière-cour, ils revendiquent désormais la possibilité d’intervenir partout où leurs intérêts seraient menacés. Cuba est donc le premier exemple de cet interventionnisme. 

Oui car après un demi-siècle d’emprise économique et politique sans partage, la révolution castriste vient mettre un terme à l’emprise des Etats-Unis sur son voisin caribéen. Le pouvoir de Fidel Castro annonce la nationalisation des entreprises nord-américaines et se débarrasse des relais d’influence de Washington à la Havanne.

Cuba est donc le premier Etat à affirmer sa souveraineté face aux Etats-Unis, là où d’autres pays comme le Guatemala ou le Nicaragua, subiront encore longtemps l’influence du puissant voisin. 

Un nouveau pouvoir à la Havanne

C’est en tout cas ce que l’on peut imaginer avec l’élection par les députés cubains de Miguel Diaz-Canel, mettant un terme à plus de 60 ans de règne des frères Castro. 

Pourtant, pas de révolution à l’horizon. Le nouveau président a ainsi repris à son compte, dès le début de son allocution, les fameux mots de Fidel Castro : “La patrie ou la mort, le socialisme ou la mort, la révolution toujours vaincra !”. S’il a eu quelques timides paroles sur la nécessité “d’actualiser le modèle économique et social cubain” et de corriger “quelques erreurs”, Diaz-Canel se revendique comme l’héritier direct des “héros de la révolution” et se veut le garant de la fermeté idéologique du régime. L’heure n’est donc pas à une remise en cause du système castriste. 

Il faut dire qu’un certain nombre de réformes ont déjà été portées par son prédécesseur, Raul Castro. On pense notamment à l’abandon du fonctionnariat obligatoire et à la possibilité pour les cubains de créer leur propre entreprises. Aujourd'hui, Cuba compte ainsi près de 600 000 "cuentapropistas", ces travailleurs privés qui représentent désormais 12% de la population active. 

Mais le second fait d’arme de Raul Castro a été le rapprochement avec le président Obama, mettant fin à 50 ans d’embargo des Etats-Unis sur Cuba.  Cette timide ouverture a cependant été stoppée par le président Trump, dénonçant les crimes du régime castriste, mais aussi par le gouvernement cubain qui a décidé de réduire l’arrivée massive des touristes sur l’île. 

Avec une industrie inexistante, une chute des livraisons de pétrole du Vénézuela et une agriculture tournée presque-exclusivement vers l’exportation de canne à sucre, l’économie cubaine a rarement été aussi mal en point. La poursuite de l’embargo américain, qui nous rappelle d’ailleurs l’actualité iranienne, nous interroge donc sur la capacité cubaine à se développer loin de son si proche voisin.Cuba  

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