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Statue royale Homme-requin provenant du royaume du Dahomey et conservée au Quai Branly

Les œuvres volées des musées français

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Nombre d’œuvres conservées dans les musées français ont été mal acquises au cours notamment de la période coloniale. On commence donc à s'interroger sur la manière de restituer ces objets, tout en conservant des espaces de dialogue et d’inspiration artistiques, que sont les grands musées européens.

Statue royale Homme-requin provenant du royaume du Dahomey et conservée au Quai Branly
Statue royale Homme-requin provenant du royaume du Dahomey et conservée au Quai Branly

La question de la restitution des œuvres d'art volées dans les anciennes colonies françaises semble refaire surface suite aux déclarations du président de la République, Emmanuel Macron, en déclarant vouloir, je cite, « un retour du patrimoine africain à l’Afrique ». Il s’est ainsi prononcé, lors d’un discours à Ouagadougou en novembre 2017 pour que « le patrimoine africain […] soit mis en valeur à Paris, mais aussi à Dakar, Lagos ou Cotonou ».

Il a depuis confié, à l’historienne d’art Bénédicte Savoy et à l’écrivain sénégalais Felwine Sarr la mission d’examiner les conditions de restitution et de la protection de ces œuvres d’art dans leurs pays d’origine. Un rapport qui devrait être remis avant le mois de novembre. 

La frise du Parthénon conservée au British Museum

Cette question est pourtant loin d’être nouvelle. Depuis des décennies, d’anciennes colonies de pays européens se battent pour que leur soient restitués les trésors artistiques et artisanaux, trop souvent pillés ou mal acquis par les puissances dominantes, sous couvert de préservation ou de protection du patrimoine.

On pense bien entendu à l’Egypte qui réclame à l’Allemagne le retour du buste de la reine Néfertiti, à la France une série de cinq stèles pharaoniques. On pense aussi au gouvernement grec qui se bat depuis des années pour que lui soit restituée la fameuse frise du Parthénon, conservée dans les collections du British Museum.

On se rappelle d’ailleurs que dès 1812, le poète romantique anglais, Lord Byron, éperdu de culture et d’histoire grecque écrivait ces lignes célèbres : 

Aveugles sont les yeux qui ne versent pas de larmes en voyant tes objets sacrés pillés par de profanes mains anglaises

Qui ont encore blessé ton sein meurtri et ravi tes dieux,

Des dieux qui haïssent l'abominable climat nordique de l'Angleterre.

Et on voit aujourd’hui se multiplier les requêtes d’anciennes colonies françaises, notamment d’Etats africains, qui demandent aujourd’hui le retour des objets et des artefacts saisis par la puissance coloniale au faîte de sa puissance. 

Le pillage de trésors royaux 

C’est le cas notamment du Bénin, ancien royaume du Dahomey, conquis par la République française en 1894 au terme d’une guerre de près de quatre ans. Ce sont alors des colliers, totems, trônes et autres trésors qui furent pillés par les forces armées du général Alfred Amédée Dodds. En tout, les autorités de Porto Novo estiment que la France détient entre 4500 et 6000 œuvres, acquises lors de ces razzias coloniales.

En réalité, Erick Cakpo, enseignant à l’université de Lorraine, explique que ces pièces ont servi, je cite, “à matérialiser la conquête coloniale”, à la rendre présente aux yeux de ceux, en France notamment, qui suivaient ces avancées de loin. Symboles de puissance, ces pièces rapportées servaient aussi à manifester la domination française en privant des pays de leur patrimoine historique et culturel, intégré artificiellement et autoritairement à une logique plus large d’empire.

Même en Polynésie française, territoire pourtant français à part entière, la grande majorité des œuvres traditionnelles présentées sont en réalité des copies. Une injustice particulièrement mal vécue par les Polynésiens, dépossédés d’une partie de leur histoire et de leur culture particulières.

Des originaux conservés en France

Les originaux sont aujourd’hui conservés au musée du Quai Branly. Bien sûr tous n’ont pas été mal acquis par les autorités françaises. Il était ainsi de tradition pendant des lustres de “partager” les trouvailles d’un site archéologique, entre les autorités locales et les pays d’origine des équipes de chercheurs.

Il y a eu également un certain nombre de dons, d’achats, ou de cessions dans un cadre légal. Si certains estiment aujourd’hui que cette légalité est discutable, du fait même de la position de domination des puissances européennes, il n’est bien sûr pas question de vider les collections du Louvre ou du Victoria and Albert Museum. Ce n’est au demeurant ni le projet du président français, ni ce que demandent les Etats concernés.

Des espaces d'universalisme

On peut d’ailleurs se féliciter de l’existence d’espaces de présentation des œuvres du monde entier, ces “musées encyclopédiques” comme les appelle Philipp Stephens dans une tribune au Financial Times. Il célèbre ainsi ces “lieux merveilleux où le patrimoine de l’humanité est rassemblé, étudié, admiré, par-delà le temps et l’espace”. Des espaces d’universalisme, donc, qui permettent de penser la création artistique dans sa complexité, dans ses échanges et ses métissages. 

Mais il rappelle aussi que “personne ne songerait à s’opposer à la restitution des biens volés par les armées allemandes lors de la Seconde Guerre mondiale. Mais les richesses pillées en Afrique, comme le trésor de l’Empereur Théodoros d’Abyssinie, restent aujourd’hui des butins apparemment légitimes”.

On espère donc que le rapport, bientôt remis au président français, permettra de penser cette nécessité pour les pays d’Afrique et d’ailleurs, de retrouver leur patrimoine culturel national, tout en conservant des espaces de dialogue et d’inspiration artistiques.

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