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Le miniBOT, une arme de négociation massive

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Les députés italiens ont voté, à l'unanimité, le principe de créer des titres de paiement garantis par le Trésor appelés miniBOTs. Un projet qui devrait surtout permettre au gouvernement italien de disposer d'un argument de poids dans ses négociations avec la Commission européenne.

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Il ne s’agit pour l’instant que d’une motion votée par la Chambre des députés italiens enjoignant au gouvernement de respecter ses engagements de coalition, mais cette motion a été votée par l’intégralité des députés italiens. 5 étoiles, Ligue, Parti démocrate ou Forza Italia : majorité et opposition ont voté comme un seul homme le principe de créer des titres de paiement alternatifs appelés miniBOTs.

Et si, pour l’instant, le Premier ministre et le ministre italien des Finances se récrient en choeur que, jamais, ô grand jamais, ils n’auront recours à de tels instrument, la seule mention de cette monnaie alternative suffit à faire frémir marchés et institutions communautaires. 

Il faut néanmoins préciser que ces miniBOTs, qui signifient “mini-bons ordinaires du Trésor », n’auraient de monnaie que le nom : il s’agirait en réalité d’une monnaie purement fiscale, d’une reconnaissance de dette sans intérêt et sans échéance. Comme l’explique l’économiste David Cayla, ces miniBOTs serviront ainsi à payer les entreprises auxquelles l’État doit de l’argent en créant des titre de dette. 

L’État italien a ainsi accumulé près de cinquante milliards d’euros d’impayés auprès des entreprises du pays. L’État paierait donc ce qu’il doit en miniBOTs... qui pourraient ensuite servir aux entreprises pour payer leurs impôts. Il faut dire que depuis la crise des dettes souveraines, de nombreuses PME accusent l’État de les avoir mises en difficulté en ne payant pas leurs factures à temps. Pas question donc pour l’instant de créer une monnaie parallèle qui viendrait concurrencer l’euro en Italie. 

Cette forme de monnaie fiscale pourrait néanmoins représenter un outil à la disposition du gouvernement italien pour sortir du carcan européen de l’austérité, sans néanmoins enfreindre les Traités. La majorité à Rome pourrait ainsi créer entre 50 et 100 milliards d’euros sous la forme de miniBOTs afin de relancer l’économie et sortir de l’asphyxie budgétaire imposée par Bruxelles pour des raisons dogmatiques . 

Le président de la Banque centrale européenne dénonce de son côté le renchérissement de la dette italienne par des voies détournées. Le 6 juin dernier, Mario Draghi a tenu une conférence de presse lors de laquelle il a déclaré : « Soit les mini-BOTs sont de la monnaie, auquel cas ils sont illégaux, soit c’est de la dette et alors l’endettement italien va encore augmenter. » Un rappel à l’ordre en forme de menace, alors que la dette italienne s'élève aujourd’hui à plus de 130% de son PIB.

Il faut dire que le gouvernement italien se trouve actuellement en négociation directe avec la Commission européenne qui a ouvert, il y a quinze jours à peine, une procédure « pour déficits excessifs » à son encontre. Un bras de fer qui fait toujours peser sur l’Italie le risque de voir augmenter les taux d’intérêt auxquels elle emprunte. 

Or justement, dans ce contexte, les miniBOTs devraient permettre de désarmer, au moins partiellement la Commission européenne. Comme l’explique David Cayla, cela permettrait de payer directement les créanciers avec des bons du Trésor, ce qui présenterait l’intérêt de contourner les marchés financiers et la menace de leurs taux élevés. 

Les miniBOTs seraient donc utilisés comme un outil de négociation par le gouvernement italien. On se rappelle d’ailleurs que dans des circonstances similaires, le ministre grec des Finances, Yanis Varoufakis, avait, lui aussi, envisagé de créer un système de paiement parallèle. 

Dans ce contexte de négociation au sommet, le recours aux miniBOTs apparaît donc comme une arme de dissuasion massive : ou bien Bruxelle consent à des concessions envers l’Italie ou bien le gouvernement de la péninsule n’aura d’autre choix que de lancer ladite monnaie, qui pourrait bien avoir pour effet de déstabiliser toute la zone euro.

Alors que les miniBOTs ne peuvent se substituer à une véritable monnaie, leur usage est donc plus politique que pragmatique et il y a fort à parier que le seul usage de cette monnaie soit de combattre la logique inique de l’austérité.

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