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La prison de Meaux, en Seine et Marne

Ouvrez les prisons!

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Le recours en France à la prison en milieu ouvert est encore très rare. Une spécificité française liée à une conception de la prison, comme un lieu de punition et non de réinsertion. La prison-ouverte présente pourtant de nombreux avantages à commencer par une moindre récidive chez les détenus.

La prison de Meaux, en Seine et Marne
La prison de Meaux, en Seine et Marne Crédits : LIONEL LOURDEL / PHOTONONSTOP - AFP

Dans un texte porté par Yaël Braun-Pivet, présidente de la commission des lois de l’Assemblée nationale, on retrouve la préconisation, évoquée auparavant par la ministre de la justice Nicole Belloubet, de construire 18 “centres pénitentiaires de réinsertion”, dont le niveau de sécurité serait allégé par rapport à une prison classique. 

Réservées aux détenus exemplaires et aux personnes condamnées à de courtes peines, ces espaces feraient le pari, sur le modèle scandinave, d’une responsabilisation des détenus, avec le droit de circuler librement pendant la journée dans des espaces spécialement conçus à cette fin. Ici, pas de barreaux aux fenêtres, de mur d’enceinte ni de mirador. 

Comme l’expliquent l’essayiste Gaspard Koenig et l’avocate Camille Potier dans un rapport également consacré à ce sujet, les mesures préventives ne reposent pas sur des obstacles matériels mais sur l’acceptation par les détenus des conditions de l’établissement et la possibilité d’avoir un travail rémunéré, une formation et de pratiquer une activité, allant de la menuiserie au jardinage, ou encore des cours universitaires. 

Le problème de la surpopulation carcérale

La création de tels espaces permettrait de développer les alternatives à la prison, très peu utilisées en France. Ainsi ce type de prisons ouvertes représente près de 70% des établissements en Norvège, contre à peine 1% en France. 

Camille Potier, toujours, explique qu’il faudrait réserver l’incarcération aux peines les plus graves. Or le système judiciaire français a tendance à recourir systématiquement à la prison, sans se donner les moyens de développer les peines alternatives. Résultat, plus de 70 600 détenus pour un parc carcéral d’à peine 60 000 places. Et dans certaines prisons, comme à Villepinte ou à Fresnes, le taux d’occupation atteint les 200%. Une situation pour laquelle la France est régulièrement condamnée par la cour européenne des droits de l’homme. 

Et selon un article du Monde consacré à ce sujet, cette hausse du nombre de détenus s’explique quasi-exclusivement par le recours à la détention provisoire et aux courtes peines. Une situation qui est pourtant à l’opposé des principes de la politique pénale et des lois en vigueur qui disposent que le recours à la détention provisoire doit rester l’exception. Aujourd’hui seul un tiers des personnes en prison, y entrent en tant que condamnés. 

Une récidive plus faible.

Le problème, c’est que la France a une conception très punitive du rôle de la prison, et toute forme d’aménagement du modèle actuel risque d’être perçu comme une forme de laxisme. 

En réalité Camille Potier et Gaspard Koenig, expliquent que leur démarche vise avant tout à protéger les potentielles victimes puisque l’atout majeur de ces prisons réside dans leur capacité à réinsérer et resociabiliser les prisonniers.. 

Ainsi près de 60% des détenus libérés en France sont à nouveau condamnés dans les cinq années suivantes. C’est trois fois moins pour les prisons ouvertes en Finlande, qui ne comptent que 17% de récidive à leur sortie. Une réussite telle que l’administration pénitentiaire finlandaise envisage d’étendre ce système à la quasi totalité des détenus. 

Un constat partagé par les inspections générales des services judiciaires, des affaires sociales et des finances, qui dans un rapport consacré au système carcéral français, jugent plus pressant que jamais le recours au “milieu ouvert”. 

Les auteurs du rapport rappellent enfin que ces lieux de détention ouverts coûtent bien moins cher à construire et à entretenir que les prisons fermées, avec des coûts journaliers deux fois plus faibles que le système carcéral classique. 

Un argument comptable certes, qui pourrait toutefois avoir son importance, tant la question budgétaire est brandie par les gouvernements successifs comme le critère impératif de leur incapacité à inventer un nouveau modèle.

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