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Des travailleuses philippines lors de la cérémonie d'accueil de leur entreprise japonaise

Japon : les travailleurs venus d'ailleurs

3 min
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Dans un pays vieillissant, le gouvernement Abe vient d'annoncer sa volonté de faciliter l'obtention de visas pour les travailleurs étrangers dans une dizaine de secteurs en tension. Une rupture dans un pays qui revendiquait jusqu'alors officiellement ne pas recourir à la main d'oeuvre étrangère.

Des travailleuses philippines lors de la cérémonie d'accueil de leur entreprise japonaise
Des travailleuses philippines lors de la cérémonie d'accueil de leur entreprise japonaise Crédits : Ken Ishii - Getty

Un pays officiellement sans travailleurs étrangers

Les autorités japonaises ont rendu public la semaine dernière un projet de loi visant à faciliter l’acquisition de titres de séjour, jusqu’alors réservés à des travailleurs hautement qualifiés. Ces travailleurs venus d’ailleurs pourront désormais exercer une dizaine de nouvelles professions, de l’agriculture à la pêche, en passant par les soins aux personnes âgées. 

Pour le quotidien Mainichi Shimbun, l’un des journaux de référence au Japon, cette décision constitue un véritable tournant dans la politique migratoire du pays. Car, officiellement, le Japon n’a pas recours à la main d’oeuvre étrangère, sauf pour des spécialistes, venant notamment de pays émergents, et censés apprendre le savoir-faire japonais afin de le rapporter dans leur pays. 

Un discours politique toutefois bien loin de la réalité car ces proclamations visent avant tout à affirmer la capacité du gouvernement à contrôler son propre territoire. Le pouvoir actuel s’ancre ainsi dans une tradition d’ouvertures et de fermetures successives du Japon au monde. Mais face à ces discours d’ordre et de maîtrise, la situation est toute autre.

Un discours de fermeté bien loin de la réalité

Si la main d’oeuvre étrangère ne représente officiellement que 2% de la population active, c’est qu’elle se niche en réalité dans les méandres et les subtilités du droit japonais : la moitié est composée d’étudiants et de “faux stagiaires”, souvent dans les mains de passeurs et, comme le rapporte un article du Figaro, maintenus dans des statuts de semi-esclavage.

Des artifices qui permettent ainsi au gouvernement japonais de combler les secteurs en tension tout en maintenant un discours de contrôle et de fermeté à l’endroit de son électorat.

Des subterfuges toutefois insuffisants face aux besoins croissants en main d’oeuvre de l’économie japonaise. Il faut dire que la Japon se trouve dans une situation économique qui peut nous paraître bien exotique, sous nos tropiques du chômage de masse et de longue durée. Au Japon, c’est un problème de plein-emploi qui se pose, avec seulement 2,8% de la population active qui ne travaille pas. Les pénuries se font sentir dans de nombreux secteurs, du bâtiment, de l’agriculture, ou encore de la santé. 

Comme bien souvent, pour comprendre l’évolution économique et politique du pays, il convient de se tourner vers sa pyramide des âges, cette figure géométrique, qui dessine par ses courbes et ses déliés, les réalités complexes d’une société.

Une population vieillissante, en manque de main d'oeuvre

En l'occurrence, le constat est assez simple : la population japonaise vieillit et l’économie manque de main d’oeuvre. Le pays du soleil levant connaît ainsi le deuxième taux de fécondité le plus faible au monde et ce depuis des années. Une baisse continue de la natalité qui a entraîné une réduction de même ampleur de la population en âge de travailler. 

Le gouvernement Abe a bien entendu cherché, dans un premier temps, à appliquer les logiques traditionnelles du libéralisme en pratiquant la précarisation et la flexibilisation du marché du travail. Le Premier ministre a également encouragé les personnes éloignées de l’emploi à reprendre le travail, avec en ligne de mire les mères de famille et… les retraités.

Les plus de 65 ans ont ainsi effectué, ces dernières années, un retour en force sur le marché du travail et représentent aujourd’hui plus de 10% des salariés. Ils sont en réalité souvent forcés de reprendre le travail, entre petit boulot et emploi précaire, pour faire face à la faiblesse de leurs retraites. 

Mais le gouvernement a fini par se rendre à l’évidence et a dû accepter qu’il ne pourrait combler les importants besoins de main d’oeuvre de son économie en mobilisant uniquement les travailleurs japonais. Privilège des pays retirés du monde, le Japon a donc fini par mettre en oeuvre cette politique d’immigration choisie. 

Une embauche au cas par cas de travailleurs étrangers qui semble cependant largement sous-estimer les défis qui attendent l’archipel alors qu’il est estimé que le pays aura perdu d’ici à 2050, 40 millions d’habitants, soit un tiers de sa population actuelle..

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