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Le navire Aquarius

Le vaisseau fantôme de la Méditerranée

3 min
À retrouver dans l'émission

L'Aquarius vient de se voir retirer son pavillon panaméen, sous la pression de l'Italie qui reproche au navire humanitaire de ne pas renvoyer les réfugiés vers leurs ports d'origine.

Le navire Aquarius
Le navire Aquarius Crédits : Antonio Masiello - Getty

Sur ces flots arpentés de bateaux de passage, un navire se distingue par sa coque orangée : c’est l’Aquarius, navire humanitaire dont les hommes d’équipage, marins, infirmiers, médecins, tentent de porter secours aux migrants de la mer.

Au milieu des paquebots, des chalutiers marins, il ne suit pour sa part, ni les routes commerciales, ni les itinéraires de croisière au long cours. Cet ancien bâtiment des garde-côtes allemands fend désormais les flots pour apporter son aide aux chaloupes remplies d’hommes, qui sur une mer déchaînée, tentent de rejoindre les côtes européennes.

Mais ce navire se retrouve aujourd’hui à voguer sans drapeau. Le Panama a en effet décidé aujourd’hui de lui retirer le privilège de naviguer sous ses couleurs, prétextant du non respect par l'équipage des procédures maritimes internationales de secours aux migrants et réfugiés.

Ce n’est d’ailleurs pas la première fois que cela arrive à l’Aquarius. C'est même la seconde fois en quelques semaines, que le bateau se retrouve pirate, perdant coup sur coup le pavillon de Gibraltar et celui du Panama.

En réalité ces deux pays ont cédé à la pression du gouvernement italien qui reproche à l’Aquarius de ne pas ramener les exilés vers leur port de départ. L’équipage du bateau humanitaire invoque en effet les conventions maritimes internationales qui prévoient que toute personne secourue en mer doit être débarquée en lieu sûr.

Or la majorité de ces hommes, femmes et enfants recueillis en Méditerranée centrale viennent de Libye, un pays qui est loin de répondre aux caractéristiques d’un “lieu sûr” quand on sait les exactions commises envers les migrants, les cas d’esclavage et de maltraitance imposés par des mafias et de bandes armées.

Le problème, c’est que la Libye a été reconnue compétente pour effectuer ces missions de recherche et de sauvetage. C’est ce que vient de décider l’Organisation maritime internationale. Il n’est donc plus question pour les garde-côtes libyens de se laisser dicter une quelconque conduite par un bâtiment étranger, encore moins lorsqu’il s’agit d’un bateau humanitaire, qui n’a le soutien d’aucun pays voisin.

Cela a même conduit à de sérieux accrochages entre l’Aquarius et les autorités libyennes. Ainsi la nuit dernière, le navire était en train de secourir 47 personnes -dont 17 enfants- lorsque les garde-côtes libyens sont intervenus, menaçant d’embarquer l’équipage à Tripoli et l’accusant “d’encourager les migrants à l’exil”. Une attaque particulièrement violente qui nous rappelle la dimension éminemment politique de cette crise, en train de transformer la Méditerranée en un immense cimetière marin.

Il faut dire que la Méditerranée centrale est l’une des routes maritimes les plus dangereuses de la région et alors que près de 15 000 personnes y sont mortes depuis 2014, les pays européens continuent de prétexter l’impuissance, livrant le sort des migrants aux fulminations xénophobes du gouvernement italien. En réalité, les autorités italiennes ne font que mettre en lumière l’hypocrisie d’une politique européenne consistant à se décharger de ses obligations en payant Turcs et Libyens pour retenir sur leurs côtes les candidats à l’exil.

Et aucun des gouvernements alentours, se réclamant pourtant du camp du progressisme et de l’humanisme, ne lève le petit doigt pour aider les associations qui viennent au secours des naufragés.  

Pour Liza Courtois, membre de l’équipage de l’Aquarius, cette indifférence voire cette hostilité nouvelle, marquent un tournant. Elle explique que “d’ordinaire, les gens portent un regard bienveillant sur les travailleurs humanitaires, mais dans le cas des sauvetages en Méditerranée, on a criminalisé les ONG, on y a mélangé des considérations politiques [...] alors qu’il s’agit avant tout de sauver des vies”.

Reléguées au rang de dangereux pirates, les bateaux humanitaires se sont ainsi retirés un à un, laissant à l’Aquarius le triste privilège de parcourir les flots pour y porter son aide. Une mission qui pourrait cependant bientôt se terminer s’il ne trouve pas un port auquel se rattacher. 

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