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Dans les entrepôts d'Amazon

Mahjoubi vs Amazon : une indignation pour masquer l'inaction

3 min
À retrouver dans l'émission

En s'indignant du refus d'Amazon de signer la charte de bonne conduite du gouvernement, le Ministre du numérique tente de faire oublier que celle-ci n'a rien de contraignant. Il en appelle, à mot couvert, au boycott des citoyens, se défaussant sur eux de la responsabilité d'agir.

Dans les entrepôts d'Amazon
Dans les entrepôts d'Amazon Crédits : AFP

Dans une interview donnée au journal Le Parisien, Mounir Mahjoubi s’emporte contre le géant américain de la vente en ligne, l’accusant d’abuser de sa position dominante envers les PME françaises. Il faut dire que nombre de petits commerçants sont obligés de passer par la plateforme de vente en ligne américaine, qui leur offre une visibilité sans équivalent ainsi que ses capacités de stockage et d’acheminement.

Ces petites entreprises, libraires et autres commerçants de taille moyenne, ont donc recours à ce qu’il est désormais convenu d’appeler un « marketplace », un espace de mise en relation des vendeurs et des clients, dont le plus puissant en France est bien entendu Amazon.

Le problème c’est que, profitant de sa position ultra-dominante sur le marché français, le géant du numérique impose des pratiques déloyales à ses partenaires commerciaux

Oui. C’est d’ailleurs ce qu’explique le Ministre dans cet entretien. Outre l’insuffisance manifeste de la lutte contre les produits contrefaits vendus sur sa plateforme, ce sont les frais imposés aux vendeurs qui posent problème.

Ces fameux « frais d’intermédiation », imposés par Amazon, peuvent ainsi passer du simple au triple sans aucune possibilité pour les commerçants de négocier, d’obtenir une compensation ou même une simple explication à cette hausse vertigineuse de l’argent versé au géant et qui peut atteindre jusqu’à 35% de leur chiffre d’affaires.

Et bien sûr, pas question pour les PME de se rebeller face au tout puissant potentat de la toile, car ce dernier dispose d’une arme de dissuasion massive, aussi simple qu’efficace dans sa mise en oeuvre. A tout moment, le géant de la vente en ligne peut choisir de déréférencer le compte d’un commerçant et les produits associés. Par une décision univoque et autoritaire, Amazon peut ainsi condamner ces entreprises à l’exil numérique, à la disparition pure et simple des rayonnages virtuels de la firme.

Pour répondre à cette situation pour le moins problématique, le gouvernement a élaboré une charte de bonne conduite, proposée aux acteurs du secteur. Une charte issue de la médiation menée pendant deux mois par le gouvernement, avec l’ensemble des plateformes de vente en ligne, comme eBay, la Fnac, la Redoute ou encore LeBoncoin. Tous ont accepté de signer cette charte éclaircissant les conditions de référencement et encourageant au dialogue avec les PME.

Tous, enfin tous, sauf Amazon et son alter-ego chinois, le tout puissant Alibaba. Pas question pour les deux mastodontes de s’engager dans une démarche de changement, fut-elle volontaire et non contraignante.

Face à ce refus d’Amazon de coopérer, le Ministre en appelle, à mot-couverts, à boycotter l’usage de la plateforme. Dans un mouvement relativement classique du néolibéralisme, le Ministre fait passer l’impératif d’action et la charge morale du côté du consommateur. Nous parlions il y a quelques temps des stratégies mises en oeuvre par les industriels de la bouteille en plastique pour convaincre le citoyen de son rôle prépondérant dans la lutte contre la pollution, s’exonérant ainsi de tout changement de ses propres pratiques. Il s’agit ici de la même logique.

Le gouvernement feint de proposer une solution en brandissant une charte pour accompagner les entreprises volontaires. Voyant que ce texte, à caractère pourtant purement indicatif, est rejeté par les véritables maîtres du secteur, il s’empresse alors de se tourner vers les consommateurs pour les convaincre du rôle clef qu’ils doivent jouer désormais.

Par un habile tour de communication, les firmes du numériques restent libres de poursuivre leurs pratiques déloyales, le gouvernement masque son impuissance par des vitupérations de bon aloi, et c’est au citoyen de sacrifier ses habitudes au bien-commun. 

En réalité, si la pratique du boycott peut-être utile et efficace, il est évident que ce n’est pas ici le changement des pratiques de quelques citoyens qui permettra d’améliorer le sort des PME asphyxiés, mais bien une position ferme et contraignante de la part du gouvernement.

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