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Les nouveaux partages de la voie publique

58 min
À retrouver dans l'émission

L'émergence de nouveaux acteurs et de nouvelles pratiques de déplacement en ville ont conduit à une profonde remise en question de la manière dont on partage aujourd'hui un espace public rare et cher.

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. Crédits : Robyn Beck / AFP - AFP

La ministre des Transports vient de faire des annonces sur la question des « engins de déplacement personnel », un terme qui renvoie aux trottinettes électriques, gyropodes, monoroues et autre inventions à propulsion électrique qui ont, peu à peu, colonisé nos rues dans un joyeux désordre. 

Le problème, c’est que cette flotte de véhicules non-identifiés s’est déployée dans la ville sans qu’aucun encadrement ne soit prévu. On a vu ces engins fendre la foule, passer du trottoir à la route, slalomer entre les passants sans la moindre protection. 

Considérés juridiquement comme des piétons, ces véhicules à taille réduite sont pourtant capables d’atteindre les 30 km/h sans qu’il ne leur soit demandé de se ranger sur la chaussée. 

Obligé de réagir face à l’irruption de ce nouveau phénomène, le gouvernement a voulu, par ses annonces, mettre un terme à la période de flou et d’indistinction en cours. Un moment de tâtonnement urbain,  de carnaval juridique, pendant lequel on pouvait croire que tout ce qui n’était pas interdit devait être permis.

Ces nouveaux engins devraient donc entrer dans une nouvelle catégorie du code de la route

Oui, ils seront désormais encadrés par la loi d’orientation des mobilités, présentée aujourd’hui en Conseil des ministres, et qui prévoit notamment de rabattre les trottinettes sur la route et les pistes cyclables. 

Mais au-delà de cette question -sommes toute assez naturelle- de la reprise en main du politique sur les tentatives économiques et leurs conséquences, le surgissement de ces nouvelles formes de déplacement pose surtout la question du partage de l’espace public. 

Alors que vélos, voitures et trottinettes électriques sont désormais  accessibles d’un geste du doigt sur le téléphone et que les startups rivalisent d’innovations dans une course à la modernité qui place liberté et agilité comme valeurs cardinales, reste la question de la cohabitation de toutes ces mobilités sur un espace relativement rare. 

Si l’autopartage représente bien entendu une avancée par rapport à la voiture individuelle, qui congestionne et pollue les villes, les alternatives proposées devraient néanmoins nous inciter à une réflexion sur l’usage de l’espace citadin. 

D’autant que l’entretien de l’espace public n’est pas gratuit

Non, comme l’explique l’économiste Frédéric Héran, dans un article à la Tribune, ce qui nous semble l’évidence d’une facilité du quotidien, le tarmac et l’éclairage, l’entretien, le nettoyage, tout cela a un coût. 

Selon lui, il serait donc normal, comme l’envisage la mairie de Paris, de réclamer, je cite, « une redevance liée à l’occupation de l'espace public pour les milliers de vélos déposés sans aucune autorisation, et qui encombrent un espace particulièrement rare et cher dans le centre des métropoles ». 

Mais cette question du partage de l’espace ne passe pas seulement par une compensation financière des usages. La prolifération de ces engins en « libre-flottaison » est venue nous rappeler avec force la question de la rareté de l’espace public. 

Des réflexions ont ainsi été menées par plusieurs villes en France et à l’étranger pour résoudre cette question

Absolument, la mairie de Paris s’interroge par exemple sur l’opportunité d’aménager de zones de parking dédiées à ces nouveaux engins. Une solution qui nous apparaît cependant insatisfaisante, tant elle remet en question le principe même de fonctionnement de ces engins en libre service. 

Une solution qui apparaît d’autant moins satisfaisante qu’on ne peut sérieusement envisager compartimenter sans fin les rues et les chaussées, avec autant de voies que de vitesses et d’usages.

Pour répondre à cette nécessité de repenser l’espace urbain, l’agence d’urbanisme de Bordeaux s’est ainsi intéressée à la possibilité de développer des espaces modulables, réversibles, adaptables à l’heure et aux pratiques. On pourrait ainsi utiliser une route pour les transports le jour et la transformer en espace de stationnement la nuit.  

Dans tous les cas, les urbanistes et les élus expliquent que cette transformation ne se fera pas sans un recul de la voiture, sans un grand remplacement de l’automobile.

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