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Effondrement de l'index du NASDAQ en septembre 2008

Les banquiers courent toujours

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Dix ans après l'effondrement de Lehman Brothers, l'établissement américain fait à nouveau parler de lui. Les anciens de la banque ont décidé de fêter la décennie de leur chute. Une célébration qui n'est pas du goût de tout le monde et qui illustre l'impunité des acteurs de la crise de 2008.

Effondrement de l'index du NASDAQ en septembre 2008
Effondrement de l'index du NASDAQ en septembre 2008 Crédits : GEOFF CADDICK / AFP - AFP

La fête du cynisme

Alors que nous pensions le cas de Lehman Brothers définitivement relégué à l’histoire, ce sont ses anciens banquiers, traders et golden boys qui font à nouveau parler de l’institution de Wall Street. Des centaines d’anciens de la banque ont en effet décidé de se retrouver pour fêter ensemble ce dixième anniversaire.

Car c’est bien d’une fête qu’il s’agit. Alors que la chute de cette banque avait plongé les marchés dans la panique et entraîné la débâcle économique que l’on sait, le carton d’invitation est on ne peut plus clair : “Quoi de mieux pour célébrer ce dixième anniversaire que de réunir à nouveau tout le monde, des anciens managers aux anciens analystes”. Voilà ce qu’on pouvaio lire dans le mail envoyé aux anciens de la banque selon le site Financial News.

Une joyeuse petite sauterie qui fait toutefois grincer quelques dents outre-Manche. Politiques et activistes n’ont pas manqué de dénoncer un “rassemblement inapproprié”, comme le qualifie John McDonnel, responsable des questions financières pour le parti travailliste.

Une totale impunité pour les acteurs de la crise de 2008

Il faut dire qu’outre le caractère cynique -mais néanmoins anecdotique- de cette histoire, celle-ci révèle surtout l’impunité générale dans laquelle se trouvent aujourd’hui les responsables de la crise de 2008. Alors que les banques atteignent à nouveau des niveaux de bénéfices faramineux, avec près de 91 milliards de dollars enregistrés en 2016, les anciens responsables de ces institutions coulent aujourd’hui des jours tranquilles qu’ils soient, ou non, retirés des affaires.

Un article du Monde passe ainsi en revue la situation de ces anciens pontes de Wall Street, tel Dick Fuld, ancien PDG de Lehman Brothers qui a lancé en 2016 une société de gestion de fortune ou encore Angelo Mozillo dirigeant de Countrywide, organisme pionnier des subprimes, largement mis en cause lors de la crise et qui n’a jamais été véritablement inquiété par la justice américaine.

Autre cas emblématique, John Paulson, dirigeant d’un fonds spéculatif qui va comprendre parmi les premiers l’effondrement inéluctable du marché des titres hypothécaires et en faire son miel, empochant une plus-value de près de 4 milliards de dollars au moment où le reste du secteur financier s’effondre. Il est aujourd’hui l’un des proches conseillers du président Trump qui s’est lui-même fait fort de liquider toutes les réglementations mises en œuvre par son prédécesseur.

De la banque à la finance de l'ombre

Pour les banquiers de Wall Street et de la City aussi, la débâcle de 2008 n’aura été que de courte durée. Ainsi les quelques réglementations mises en œuvre au lendemain de la crise dans le système bancaire n’ont en rien freiné l’appétit et l’ambition des traders. Ceux-ci se sont immédiatement tournés vers des établissements aux pratiques bien plus obscures et moins contrôlées.

C’est d’ailleurs ce que l’on appelle le shadow banking ou finance de l’ombre, qui réunit pêle-mêle fonds d’investissement, banques privées et autre start-up de la finance, qui n’utilisant pas les dépôts de particuliers, sont soumis à des régulations encore moins strictes que le secteur bancaire traditionnel. On constate donc, qu’aujourd’hui encore, les aléas de la régulation suivent aussi bien les majorités politiques que les intérêts d’un secteur en perpétuelle transformation.

Cette grande transhumance des petits prodiges de la finance s’explique ainsi par les rémunérations vertigineuses qu’ils trouvent dans ces nouveaux paradis de la spéculation, mais nous rappelle aussi la difficulté pour les pouvoir publics d’encadrer un secteur qui se renouvelle en permanence pour échapper à toute forme de régulation, quand ce n’est pas la dérégulation qui est au cœur des intérêts du politique…

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