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Malbouffe et publicité : la charte de l'immobilité

3 min
À retrouver dans l'émission

La charte alimentaire du CSA, qui rassemble acteurs de l'audiovisuel et de l'agroalimentaire, n'a pas été reconduite cette année. Les autorités sanitaires n'ont pas réussi à obtenir une stratégie plus offensive en matière de commercialisation et de promotion d’aliments mauvais pour la santé.

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. Crédits : AFP

Une enquête menée par Médiapart et l’association de consommateurs UFC-Que Choisir nous explique pourquoi la charte de bonne conduite qui lie chaînes et annonceurs sous la houlette du CSA, n’a pas été reconduite comme prévu à la fin de l’année dernière.

Méconnue du grand public, cette Charte vise en effet à promouvoir une alimentation et une activité physique favorables à la santé. Elle réunit ainsi les acteurs de l'audiovisuel et de l’agroalimentaire, qui s’engagent à observer un certain nombre de bonnes pratiques afin de favoriser une meilleure alimentation et une plus grande activité sportive. Mais voilà que, cette année, la mécanique, si bien huilée, semble s’être grippée lorsque les autorités ont refusé de valider la nouvelle charte.

Il faut dire que les autorités de santé publique n’ont pas réussi à imposer aux signataires de s’engager à réduire l’exposition des enfants aux publicités pour des aliments mauvais pour la santé. La charte a fonctionné jusqu’à présent sur le principe du pollueur-payeur : les industriels compensent les publicités déversés sur nos écrans à longueur de journée par le financement de programmes favorables à la santé. Mais pas question d’aller plus loin.

Par une stratégie bien connue, l’industrie a réussi à se défausser de ses responsabilités en faisant retomber sur le consommateur l’impératif de changer. En clair, on encourage les consommateurs à se bouger et à mieux cuisiner, mais rien n’est fait pour lutter contre la vente des produits trop gras, trop salés, trop sucrés.

Les autorités sanitaires, qui poussaient pour une stratégie plus offensive de lutte contre la malbouffe, ont donc réagi en retoquant la charte et en opposant un veto aux chaînes qui espéraient passer en force, soutenues par l’Ania, le puissant lobby des industries alimentaires.

La France a pourtant été épinglée à plusieurs reprises par l’OMS qui dénonce son approche purement volontaire de la lutte contre la malbouffe dans les médias. Dans un rapport publié en octobre dernier, l’organisation mondiale de la santé déplore le fait que la France n’ait pas de dispositif légalement contraignant pour empêcher la commercialisation et la promotion d’aliments défavorables à la santé des enfants.

L’organisation de l’ONU a ainsi expliqué que « si l’objectif premier de la charte était de promouvoir une alimentation saine, elle n’appelait pas explicitement à des restrictions quant à la commercialisation de produits à forte teneur en graisses et en sucres ».

Aussi, si elle salue la loi de 2018 qui a supprimé la publicité dans les programmes jeunesses de la télévision publique, l’OMS rappelle que le cadre réglementaire, trop flou, a laissé le loisir aux annonceurs ciblant les enfants de se repositionner sur d’autres cases horaires et notamment à l’heure du prime time.

Or les travaux scientifiques ont bien montré qu’il y avait un lien entre exposition publicitaire et indice de masse corporelle des enfants. Grâce aux prodiges du marketing, les enfants qui regardent le plus de publicités sont également ceux qui auront le plus envie d’en consommer. Des études montrent même que les enfants obèses ou en surpoids augmentent leurs prises alimentaires de plus de 100% après visionnage d’une publicité alimentaire à la maison.

L’intérêt des professionnels du secteur est donc évident : renoncer à la publicité aurait été renoncer à une véritable manne financière : celles des enfants tirant leurs parents par la manche au supermarché afin de leur faire acheter tel ou tel produit sucré.

En expliquant qu’ils étaient opposés à toute restriction de leur liberté d’annoncer, les industriels se sont donc battus pour conserver la charte alimentaire du CSA. Charte qui précise, que les partenaires sont tout à fait disposés à s’engager pour 5 nouvelles années, à condition que la loi, elle, reste inchangée : une manière de s’assurer que jamais, ô grand jamais, les industriels ne seront forcés de changer.

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