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Procès Barclays : les boucs émissaires de la finance ?

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Au Royaume-Uni débute le procès des dirigeants de la banque Barclays, accusés de complicité de fraude. En cause : la levée opaque de plusieurs milliards de livres auprès du Qatar. Ce procès dit "de la crise de 2008" juge pourtant des faits arrivés après le début de la crise et non à son origine.

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. Crédits : AFP

Mercredi dernier, s’est ouvert le procès des principaux responsables de la banque anglaise, afin de juger leurs agissements au moment de la crise financière de 2008. Ce sont ainsi l’ancien directeur général de la banque, le directeur de la banque au Moyen-Orient et quelques autres pontes de la City qui ont été mis en accusation par la justice britannique.

Surnommé « procès de la finance » par les tabloïds anglais, cette mise en accusation fait suite à plus de cinq ans d’enquête de la part du Serious Fraud Office, équivalent britannique de notre parquet financier. Un procès inédit qui devrait durer quatre à six mois pour juger ces banquiers de « complicité de fraude » et « d’assistance financière illégale ». 

Tout commence en octobre 2008, lorsque le régulateur financier donne huit mois à la banque pour lever dix milliards de livres. Pour ainsi dire mission impossible pour les banquiers de sa Majesté, alors que Lehman Brothers vient de s’effondrer et que la panique commence à saisir les marchés financiers. Il est donc nécessaire d’agir, et vite. 

D’autant que le pouvoir britannique n’a pas ménagé ses effets en menaçant -horreur suprême!- de nationaliser la banque, en cas de défaillance de sa part. Une nationalisation qui aurait signifié de sérieuses limitations à leurs pouvoirs, ainsi que la fin de leurs opulents bonus. Et le pouvoir ne bluffe pas. Mi octobre, le premier ministre, Gordon Brown, a annoncé la nationalisation de Halifax Bank of Scotland et de la Royal Bank of Scotland, qui avaient péché par excès et sombré les premiers. 

Les golden boys de Barclays vont néanmoins trouver une solution en se tournant vers les monarchies du Golfe, dont on connaît la prodigalité proverbiale. En réalité, ce sont les derniers acteurs qui acceptent de prêter d’aussi importantes sommes en pleine tempête financière.

C’est ainsi le Qatar qui a fourni près du tiers des onze milliards de livres rassemblé par la banque. Mais le moins que l’on puisse dire, c’est que cette opération n’a pas été gratuite. Conscients d’être quasiment les seuls à pouvoir renflouer la banque, les Qataris ont pu exiger des contreparties tout à fait vertigineuses.

Ainsi le 12 octobre 2008, le tout puissant patron des affaires moyen-orientales de la banque, Antony Jenkis, reçoit dans sa demeure de Mayfair, une délégation de haut vol, venue expressément du Qatar pour discuter des termes de l’accord. 

Entre la poire et le fromage, la question des compensations dévolues aux généreux donateurs est abordée : les banquiers anglais proposent 120 millions de livres, les Qataris préfèreraient 600 millions. Après d’âpres discussions, les envoyés du Golfe repartent avec une promesse de 322 millions de livres... somewhere in the middle, comme diraient nos amis outre-manche.

Le problème c’est que ces commissions ont été versées au détriment des autres investisseurs. Pris par la panique de voir leur institution tomber aux mains de l'Etat, les dirigeants de la banque se sont empressés de ficeler un accord dont il n’est pas certain aujourd’hui qu’il soit tout à fait légal. Ils élaborent ainsi une convention dite « d’assistance-conseil », qui leur permet de grassement rémunérer leurs investisseurs providentiels. Le Premier ministre du Qatar lui-même est remercié de ses bons services par un généreux pourboire.

Une commission que le Serious Fraud Office qualifie aujourd’hui d’occulte et qui pourrait bien coûter leur liberté à ses instigateurs. Ceux-ci risquent en effet jusqu’à dix ans de prison : une première outre-manche, où aucun des protagonistes de la crise n’avaient eu à rendre compte de leurs actions devant la justice. 

On peut donc s’interroger sur le battage médiatique qui est fait autour de ce procès dit « de la crise de 2008 », qui ne concerne en réalité que des actions postérieures au déclenchement de celle-ci. Interroger aussi l’intérêt de braquer les projecteurs sur un tel évènement alors que les responsables de la crise et de ses conséquences, concrètes, pratiques, sur la vie des gens courent toujours...j

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