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Une manifestation contre la loi Vidal

Le Parcoursup du combattant

3 min
À retrouver dans l'émission

La nouvelle plateforme d'admission, Parcoursup, a suscité de vives critiques non seulement pour ses défaillances techniques mais aussi à cause de la violence symbolique que son fonctionnement même a provoqué chez les quelques 400 000 lycéens relégués en file d'attente de l'enseignement supérieur.

Une manifestation contre la loi Vidal
Une manifestation contre la loi Vidal Crédits : FRANCOIS GUILLOT / AFP - AFP

Alors que nous préparons cette semaine le baccalauréat de plus de 800 000 lycéens, le dispositif mis en place par le gouvernement, qui vient remplacer le fameux APB -admissions post-bac- fait également parler de lui.

Tout d’abord parce que mardi 22 mai, à la publication des premiers résultats, plus de la moitié des impétrants étudiants se sont retrouvés sans aucune proposition dans l’enseignement supérieur.

Pour expliquer une telle proportion de candidats en liste d’attente, il faut préciser que la nouvelle plateforme ne demande plus aux lycéens de classer leurs choix par ordre de préférence. Ce classement permettait à l’algorithme d’APB de calculer directement la formation la plus haute à laquelle pouvait accéder le lycéen, libérant automatiquement les places restantes dans d’autres formations.

Une forme de violence symbolique 

Cela introduit une forme de sélection dans la droite ligne des promesses du candidat Emmanuel Marcron. Là où la plateforme APB trouvait à tous les lycéens une formation en jouant sur ce classement des choix, le nouveau système, lui, se vante d’étudier chacun des dossiers un à un, permettant aux meilleurs d’élèves d’être sélectionnés en premier, pour abandonner ensuite les choix résiduels.

Comme témoigne la mère d’un lycéen dans le journal Le Monde, le système “APB leur enlevait tout espoir au premier tour. Mais Parcoursup les laisse mijoter, vérifier, attendre” et ce, juste avant le bac. Une autre explique qu’après “ces mois de stress et d’espoir, le fait de voir « en attente » s’afficher pour huit voeux, [elle a eu] le sentiment de recevoir une gifle d’une violence inouïe”.

Tous les matins, ces 400 000 lycéens se connectent pour voir si leurs noms ont pu gravir quelques places, remonter dans les files d’attente de leurs formations désirées. Toujours citée par Le Monde, Camille, une lycéenne, a gagné 330 places. Plus que 239. 

"Un renforcement des mécanismes d'auto-élimination"

La sociologue Leïla Frouillou relève ainsi dans un entretien aux Inrocks, qu’au-delà de l’échec technique du dispositif, dû notamment au manque de places créées dans les filières en tension, le problème de Parcoursup est qu’il “renforce les mécanismes d’auto-censure et auto-élimination à l’œuvre [notamment] chez les élèves issus de milieux populaires”. Elle explique que lorsqu’il faut justifier ses choix par des lettres de motivations, il faut se sentir légitimes. 

On peut comprendre que le gouvernement tente de réfléchir à un nouveau système alors que l’université est de plus en plus excluante. La ministre de l’enseignement supérieure ne manque pas de mettre en avant le “taux insupportable” de 60% d’échec dans les premières années de fac pour justifier la mise en place de prérequis pour l’entrée dans certaines filières.

Sans se lancer dans une querelle de chiffres sur le nombre exact de décrocheurs, qui rassemble en réalité des profils assez divers d’étudiants fantômes, il est toutefois utile de rappeler, que bon nombre d’entre eux abandonnent faute d’un accompagnement adéquat face à des amphis bondés ou sont contraints, pour près de la moitié d’entre eux, de travailler pour financer leurs études. 

Un droit au tâtonnement

On peut aussi relativiser ce chiffre en acceptant de voir dans ces premières années du supérieur, un espace de tâtonnement, où l’étudiant peut expérimenter plusieurs filières sans que cela ne soit considéré comme un échec ou une perte de temps.

Le sentiment avec ce nouveau dispositif est surtout celui d’un grand gâchis et d’une immense violence symbolique. Les arguments rationnels du ministère, qui explique qu’en août tout le monde aura trouvé chaussure à son pied, n’y feront rien. Ils sont près de 400 000 à avoir eu l’impression d’être exclus d’un système dont ils n’étaient que les spectateurs. Renforçant encore l’inquiétude et le sentiment de relégation que produit déjà notre beau système de méritocratie républicaine.

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