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Congé paternité : libérez les papas

3 min
À retrouver dans l'émission

Un rapport préconise d’allonger le congé paternité et de le rendre en partie obligatoire. Des recommandations visant à favoriser l'égalité des sexes, mais qui s'inscrivent aussi dans une logique de conquête de droits, oscillant entre considérations économiques et impératif de protection des corps.

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. Crédits : Getty

Un congé obligatoire et allongé

Les discussions autour du congé paternité ont été relancées grâce à un rapport, remis au gouvernement par l’Inspection générale des affaires sociales, préconisant d’allonger ce congé et de le rendre en partie obligatoire.

L’objectif étant évidemment de rendre plus attractif cet arrêt, dévolu aux pères suite à la naissance de leur enfant, pour en démocratiser l’usage. On rappellera qu’aujourd’hui, les femmes salariées ont droit à un congé maternité de seize semaines pleinement rémunéré et dont la moitié est obligatoire.

Pour les hommes, la situation est bien différente, puisqu'ils ne bénéficient que de onze jours de congés remboursés dans les mêmes conditions que les femmes.

Le rendre obligatoire obligera ainsi les hommes à faire un choix. Comme l’explique Virginija Langbakk, directrice de l’Institut européen pour l’égalité des genres, “sans législation, les hommes n’ont pas besoin d’assumer leur responsabilité” et le partage des tâches continue de s’effectuer selon une logique bien connue, dictée par des pseudo impératifs économiques.

Toujours Virginija Langbakk, je cite : “Les hommes gagnent en général plus que les femmes. Ils perdront donc de l’argent en restant à la maison, ce qui explique que dans l’immense majorité des cas ce soit la femme qui se retrouve à la maison pour garder les enfants”. Il faut donc un congé qui soit exclusivement réservé à l’homme et qui soit suffisamment bien indemnisé pour que cela ne représente pas une perte de salaire pour le ménage.

Il a donc fallu mobiliser des logiques économiques pour favoriser l’égalité entre les sexes. Et même de basses logiques comptables. Comme bien souvent, pour convertir les esprits sceptiques du bien-fondé d’une politique, il est nécessaire de recourir aux saintes mannes de la croissance. Il a donc fallu rappeler que l’absence prolongée des femmes du marché du travail entraînerait une remise en cause de leurs qualifications et rendait plus difficile leur réinsertion professionnelle par la suite.

Au contraire, un meilleur partage des tâches, permet d’augmenter le travail des femmes et contribue ainsi à la croissance de l’économie. Difficile de trouver à redire à une démonstration aussi époustouflante d’évidence.

La parité, toujours inféodée aux logiques économiques

On regrette simplement qu’il faille encore justifier l’égalité de traitement entre les sexes, à la maison comme sur le marché du travail, par des considérations d’ordre économique. “Une réappropriation des revendications de parité et de diversité par des logiques néolibérales”, pour citer la sociologue Réjane Sénac.

En réalité, les avancées en matière de congé parental ont toujours oscillé entre les logiques de repos et les impératifs économiques. La toute première loi consacrant la possibilité pour les femmes d’arrêter le travail après la naissance d’un enfant, votée en 1905, est pensée comme une loi de protection de l’emploi des femmes en couche. Cet arrêt de travail est bien entendu facultatif et il faut attendre 1913 pour que le législateur élabore un texte visant explicitement le repos du corps des femmes.

Avec la question du congé paternité, c’est à nouveau cet arbitrage qui est proposé à la société : celui de devoir faire coïncider bien-être personnel et sauvegarde de la bonne marche de l’économie.

La nécessité d’une construction durable du lien père-enfant

L’économiste Hélène Périvier rappelle ainsi que la question du congé paternité est bien entendu liée au “droit pour les travailleurs hommes de passer plus de temps avec leur nouveau-né et à celui des femmes à ne pas être seules”. Elle rappelle également la nécessité d’une “construction durable du lien père-enfant, dont les effets se feront ressentir jusqu’à l’adolescence”.

Si le père n’est pas celui qui met l’enfant au monde, il en va toutefois de la qualité de sa relation avec son enfant, mais aussi selon plusieurs études, d’un bien être plus général, puisqu’il a été démontré que passer du temps avec son nouveau-né, réduit le stress et améliore la santé des parents. Des bénéfices bien physiques, qui viennent donc suppléer aux logiques évidentes de partage des tâches, à une période où se créent les automatismes du couple parental.

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