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Des ouvriers grévistes de l'usine Renault

Les films du mois de mai

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L'imaginaire de mai 68 est chargé d'images parisiennes, de révoltes estudiantines dans les faubourgs du quartier latin. Des représentations qui laissent pourtant de côté les réalités d'une révolte également économique et sociale.

Des ouvriers grévistes de l'usine Renault
Des ouvriers grévistes de l'usine Renault Crédits : ARCHIVES / AFP - AFP

En cette journée internationale de lutte des travailleurs, j’ai voulu revenir sur la représentation des événements de mai 68 en images et au cinéma en particulier. En effet lorsque l’on pense aujourd’hui à cette période, l’imaginaire semble chargé de pavés et de CRS, de manifestations estudiantines, sur les rives du boulevard saint Germain. L’atmosphère est saturée d’images de barricades, d’affiches sérigraphiées et d’exhortations vigoureuses contre la chienlit et la rue.

Difficile dans ces circonstances de laisser percer les images d’une révolte qui dépassa pourtant les faubourgs du quartier latin. Dans les pages du Monde Diplo, le cinéaste Jean-Louis Comolli s’interrogeait ainsi il y a quelques années, sur le rôle du cinéma et les images actuelles de cet épisode.

Il déplorait ainsi que « le cinéma tende un miroir complice aux évènements de 68 ». Ce qui se passe alors dans les usines et les rues déborde largement ce qu’on en filme, et tous les savent acteurs comme filmeurs ». Il rappelle ainsi le documentaire de Patrick Rotman, 68, qui se borne à ressasser la dimension générationnelle des événements : « à la trappe les ouvrier, les dix millions de grévistes, les mots de mai, chassés par des musiques d’époque ».

La dimension sociale de 68

Beaucoup de films d'époque sont aujourd'hui oubliés ou perdus. C’est d’ailleurs sur cette question que revient Jean Michel Frodon dans un article de Slate, où il rappelle que le seul film ayant connu une certaine visibilité publique est Grand soir et petits matins de William Klein, film de montage réalisé à partir de ses images tournées dans les facultés, les rues et les usines.

Il rappelle également le magistral plan séquence de Pierre Bonneau et Jacques Willemont, La reprise du travail aux usines Wonder, qualifié de seul véritable film de mai 68 par Jacques Rivette.

Dans cette scène de 10 minutes à peine, la discussion satisfaite de deux syndicalistes est interrompue par une ouvrière, révoltée par la facticité de l’accord. Ce cri déchire la satisfaction petite bourgeoise des deux délégués syndicaux, prêts à reprendre le travail, sans véritable avancée. Ces images rappellent aussi la dimension humaine, économique et sociale du conflit de 68, qui a largement dépassé les frontières du périph’, pour mobiliser des strates très diverses de la population.

Frodon rappelle pourtant que certains films, disparus depuis le joli mois de mai, commencent désormais à ressortir des limbes, sous l’effet des travaux de recherche et de la prégnance particulière de 68 à l’occasion de son cinquantenaire.

Cinéastes, ne filmez pas!

Oui, absolument, car comme le raconte Jean-Louis Comolli, se tiennent alors les Etats généraux du cinéma, qui décident de ne filmer tout ce qui se passe, car « filmer ces moments c’était ne pas les vivre ». De ce mot d’ordre paradoxal : cinéastes ne filmez pas! ressort un sentiment d’urgence lacunaire, d’images fragmentaires, « ouvrant une faille dans la temporalité ordinaire du régime gaulliste ».

Selon le cinéaste, « les films de Mai se reconnaissent à cette accélération -d’images et de sons sauvés d’un présent qui bascule- tout autant qu’à ce ralenti : on prenait le temps d’écouter, le temps d’attendre que la parole aille et vienne entre les corps confrontés ». Une urgence de l’écoute qui pourrait inspirer certaines productions d’images, dans leur manière de rendre compte des bouillonnements actuels.

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