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Les profits de l'après-vie

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Sylvain Leder explique comment, aux Etats-Unis, des investisseurs rachètent les assurances vie de personnes âgées ou atteintes de maladie incurable, en pariant contre leur espérance de survie. Une pratique dont la France est épargnée, protégée par un Etat encore social et protecteur.

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. Crédits : Getty

Depuis quelques années, les mastodontes du numérique comme Google, Facebook ou Yahoo offrent à leurs utilisateurs une variété de services pour préparer au mieux leur disparition du monde et des réseaux.  des services pour les À travers sa filiale Ending, la firme américaine propose ainsi à ses utilisateurs nippons de bénéficier, 

Au Japon, Yahoo promet ainsi d’accompagner ses utilisateurs « du berceau jusqu’au tombeau ». A travers sa filiale baptisée Ending, elle offre ainsi de bénéficier, contre une modique somme versée tous les mois, d’un espace de commémoration en ligne où chacun pourra laisser un message de doléance ainsi que d’un mail envoyé, au moment de sa mort, à une série de contacts établis. 

Si ces offres restent aujourd’hui assez élémentaires, elles visent surtout à ne pas laisser dériver des millions de données et de comptes sans héritiers. Pourtant, en parallèle, commencent aussi à se créer des entreprises et des projets pour redonner une présence à nos proches trépassés. Certains prédisent même un succès florissant à ce business de l’interaction avec des avatars, chatbots et autres intelligences numériques, créés d’après nos données.

Mais une fois de plus, la véritable innovation vient des Etats-Unis car dans ce pays, certaines entreprises ont réussi à s’enrichir sur la simple hypothèse de notre mort programmée. Dans son article Votre mort vaut de l’or, publié dans le Monde diplomatique, le journaliste Sylvain Leder nous parle ainsi de sociétés qui ont fait fortune outre Atlantique en rachetant les assurances-vie de personnes âgées ou atteintes d’un mal incurable.

Sylvain Leder rappelle ainsi que ces assurances constituent normalement un matelas de sécurité, une somme qui sera reversée aux ayants droits de l’assuré. Mais au début des années 1980, avec l’hécatombe liée à l’épidémie du sida, nombreux sont ceux qui ont besoin d’une avance financière pour payer des frais de santé astronomiques. Des courtiers flairent le filon : le business du « life settlement » est né. 

En clair, les malades ayant besoin d’argent rapidement pour payer leurs factures d'hôpital et de soins peuvent revendre leur assurance maladie - pour un montant inférieur à celui versé à leurs héritiers en cas de décès, mais plus important néanmoins qu’en cas de résiliation pure et simple de leur contrat. En 2017, ce secteur représentait tout de même plus de 3 milliards de dollars. Une extension du domaine du capitalisme, par une capture de l'interstice entre la mort et la vie.

Dès lors, le principal risque pour les assureurs, c’est le temps. Sur le principe de la vente en viager, la personne ayant revendu son assurance perçoit une somme, chaque mois, jusqu’à sa mort. Les assureurs vont donc se mettre à élaborer des batteries de test pour estimer l’espérance de vie de leurs hypothétiques clients…pour ne conserver que les plus mal en point. 

Ainsi, « sur un tel marché, tous les malades ne se valent pas ». Comme le signale l’auteur, le véritable cauchemar de ces entrepreneurs funèbres réside dans la découverte d’un traitement capable d’inverser le diagnostic de leurs clients.

Il cite ainsi le cas de Palm Springs en Californie, où la majorité des habitants, atteints du sida, avaient revendu leurs assurances-vies avant d'emménager dans le quartier. La mise au point de médicaments et de soins dans les 1990 a changé la donne en faisant s’envoler leur espérance de vie et les versements dédiés.

Mais bien sûr, la finance trouve rapidement un moyen de se prémunir contre ce nouveau « risque » en allant piocher dans les mêmes outils qui déclenchèrent la crise de 2008, à savoir la titrisation. Ce dispositif permet ainsi de composer des portefeuilles variés : cancer du pancréas, leucémie ou diabète. Une grande diversité de profils et de maladies permettant de se prémunir contre les avancées possibles de la science et du progrès. 

Une révolution dont la France se trouve encore épargnée, car plus encore que les remèdes et les avancées de la science, ce que craignent ces spéculateurs de la mort, c’est un État social, capable d’encadrer le prix des médicaments et de rembourser une grande part de nos frais de santé.

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