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Friedrich von Hayek

Bitcoin : la prophétie de Friedrich Hayek

7 min
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Il y a près de quarante ans, l'économiste Friedrich Hayek en appelait à une mise en concurrence de monnaies en dehors du contrôle de l'Etat, ce qui constituerait la meilleure protection contre les risques d'inflation. Et si les crypto-monnaies jouaient aujourd'hui ce rôle d'étalon de la monnaie?

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Et si le bitcoin était en passe de devenir le nouvel étalon de la monnaie ? Pour mieux comprendre cette idée un peu nébuleuse, il faut se rappeler que le contrôle de la monnaie, qui nous apparaît aujourd’hui comme l’un des symboles de la puissance et de la souveraineté des Etats, est en réalité une construction assez récente.

C’est d’ailleurs ce que postule l’économiste autrichien Friedrich von Hayek dans son ouvrage The denationalization of money, sorti en 1976 et dans lequel il se prononce pour un marché monétaire en dehors du monopole de l'Etat. 

L’économiste néolibéral explique ainsi qu’il faut sortir du dogme selon lequel la monnaie serait une prérogative régalienne. Cette conception qui nous semble aujourd’hui évidente, serait en réalité une construction récente puisqu’au Moyen-Âge et jusque tardivement, le contrôle de la monnaie par le pouvoir royal se limitait à certifier qu’un Louis d’or était égal à un gramme d’or. 

Le Roi n’avait pas le pouvoir d’agir sur la masse monétaire en circulation. Et Hayek renvoie bien entendu la faute originelle de ce saisissement de la monnaie par l'Etat à son grand rival, l’économiste anglais Keynes, coupable selon lui d’avoir imposé l’idée d’un contrôle des monnaies par les gouvernements et les banques centrales.

Or, ce qui préoccupe Hayek au milieu des années 1970, c’est la question de l’inflation, qui atteint alors 15% en Europe et aux Etats-Unis. Pour l’économiste autrichien, il y a en donc deux manières d’enrayer la spirale inflationniste : soit un retour à l’étalon-or, qui permet par la rareté du métal précieux de limiter la création monétaire inconsidérée. Soit la mise en concurrence des monnaies.

Pour cela, il faut permettre à des acteurs privés de développer leur propre devise afin de sortir la monnaie du monopole des Etats, qui s’en servent comme une planche à billet, pour relancer artificiellement l’économie. 

L’émergence des crypto-monnaies réaliserait donc le rêve de Friedrich Hayek. C’est en tout cas ce que nous dit le traducteur français de Hayek, l’économiste Guillaume Vuillemey, qui nous explique que pour le penseur néolibéral, la mise en concurrence des monnaies est une excellente chose. C’est un processus de découverte, de tâtonnement entre les différentes monnaies.

La mise en concurrence des monnaies produirait ainsi un écrémage, pour ne conserver que celles qui répondent le mieux aux attentes et aux besoins des utilisateurs, loin de la rigidité et de l’orientation des banques centrales.

Ainsi le bitcoin a été jusqu’à présent ultra dominant sur le marché des crypto-monnaies, mais on se rend compte peu à peu qu’il comporte, comme les autres devises, des dimensions négatives : outre les problèmes d’opacité, la validation des transactions prend du temps et la consommation énergétique considérable de ses serveurs est incompatible avec un objectif de transition écologique. 

Peut-être le bitcoin ne sera plus la valeur de référence dans 10 ans, mais elle sera d'ici là remplacée par une autre monnaie.

Autre similarité avec l’or : la quantité de bitcoin disponible est limitée, car le nombre de bitcoin maximum en circulation a déjà été fixé. En 2140, on aura fini d’extraire de leur « mine » les 21 millions de pièces digitales. Ainsi, bien que créée à partir de rien, le bitcoin n’offre pas la possibilité de créer de la monnaie. C’est un nombre fixe de « pièces » qui sont utilisées, au fur et à mesure de leur mise en circulation.

Pour autant, l’adoption d’une crypto-monnaie ne signifierait pas la fin de la monnaie centrale, au contraire. Comme l’explique Pascal de Lima, dans un article au Monde, elle permettrait même, je cite, « la renaissance d’un système étalon-or en coopération avec les autorités centrales [...], une plus grande stabilité des monnaies et une plus grande justice à l’échelle mondiale ». 

En réalité, après une période d’euphorie, les crypto-monnaies ont connu ces dernières semaines une plongée sans précédent. Alors concurrence salutaire ou illusion passagère, il faudra attendre encore un peu pour vérifier la prophétie de Friedrich Hayek. 

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