LE DIRECT
ⓘ Publicité
Radio France ne vous demandera jamais de communiquer vos coordonnées bancaires.
L'ancien ministre de la transition écologique, Nicolas Hulot et le ministre de l'agriculture, Stéphane Travert

Hulot et les lobbies

3 min
À retrouver dans l'émission

La démission du ministre nous éclaire sur l'influence des lobbies dans l'exercice du pouvoir et sur le déséquilibre des intérêts en présence. Elle nous interroge aussi sur la difficulté de mettre en oeuvre une politique écologique ambitieuse face aux enjeux et intérêts économiques de court terme.

L'ancien ministre de la transition écologique, Nicolas Hulot et le ministre de l'agriculture, Stéphane Travert
L'ancien ministre de la transition écologique, Nicolas Hulot et le ministre de l'agriculture, Stéphane Travert Crédits : ALAIN JOCARD - AFP

Alors que l’on vient d'apprendre la nomination de François de Rugy au ministère de la transition écologique, la démission surprise de Nicolas Hulot ne finit pas d’interroger sur la place grandissante des représentants d’intérêts privés dans la prise de décision politique. Car au moment d’expliquer sa décision, Nicolas Hulot a souhaité raconter une scène qui, pour ce qu’elle a d’anecdotique, en dit long sur la manière dont les décisions sont prises au sommet de l'Etat. 

L’ancien ministre de la transition écologique a ainsi relaté que se rendant la veille à une réunion de travail à l’Elysée sur les questions de chasse et de biodiversité, il a découvert la présence de Thierry Coste, lobbyiste en chef de la ruralité et des armes à feu. Une réunion qui s’est d’ailleurs soldée par la division par deux du prix du permis de chasse…

Il faut aussi citer les renoncements du gouvernement sur les questions du glyphosate ou de l’alimentation. Dans les deux cas, la bonne volonté et les bonnes intentions de Nicolas Hulot ont été torpillées par son homologue de l’agriculture, Stéphane Travert, suivant les injonctions de la FNSEA, principal syndicat de l’agro-business en France. 

Opacité et déséquilibre des intérêts représentés

En réalité, ce qui pose problème, ce n’est pas que les politiques s’appuient sur des membres de la société civile pour éclairer leurs décisions. Il est en effet difficile de postuler l’omniscience de nos dirigeants, et ce, quelles que soient leurs qualités et leur expérience respectives. Non, ce qui est problématique c’est le déséquilibre des forces en présence. 

Benjamin Sourice de l’ONG anti-corruption VoxPublic, explique ainsi qu’il est beaucoup plus difficile pour les associations -mêmes les plus importantes- d’atteindre les décideurs, alors que les représentants d’intérêts privés ont un accès presque illimité aux lieux de pouvoir.  

Il ne faut bien sûr pas être naïf : les lobbies comme les associations défendent une vision politique qui leur est propre, mais il est tout de même difficile de mettre sur le même plan des lobbies qui se revendiquent représentants exclusifs de l’intérêt de leurs clients et des organisations qui, dans la mesure du possible, tentent de défendre l’intérêt collectif. 

Il y a donc une nécessité de renforcer la transparence de l’action des groupes de pression, non seulement pour assurer un fonctionnement des institutions plus démocratique, mais aussi pour s’assurer que l’ensemble des forces en présence soient représentées, et pas seulement celles disposant du portefeuille et du carnet d’adresse le mieux rempli…

Une problématique qui dépasse largement France

On retrouve également ce problème de collusion entre intérêts privés et politiques au niveau européen puisque l’on compte plus de 30 000 lobbyistes à Bruxelles, chargés d’influer sur le travail et les décisions du parlement. On compte parmi eux, 65% de lobbyistes contre un peu plus de 25% de représentants d’ONG. Un déséquilibre manifeste qui peut avoir son importance lors de votes clés au parlement européen. 

Se pose aussi le problème de la perméabilité entre haute fonction publique et instances de lobbying. Ce sont ainsi près de 50% des commissaires et 30% des députés qui, à la fin de leur mandats, se reconvertissent dans le privé et vendent leurs carnets d’adresse aux plus offrants. On se rappelle notamment du cas emblématique de l’ancien président de la Commission, José Manuel Barroso, parti rejoindre la banque américain Goldman Sachs, à la fin de ses fonctions européennes. 

Et il n’est pas rare de les voir emprunter le chemin inverse.En France, par exemple, le premier ministre lui-même se trouve être l’ancien directeur des relations publiques du géant du nucléaire, Areva. Difficile dans ces conditions de voir comme une coïncidence la difficulté de faire appliquer la calendrier de sortie du nucléaire, voté par la représentation nationale lors de la loi de transition énergétique, en 2015.

Mais, au delà de la puissance des lobbies, qu’il convient si ce n’est de limiter, au moins d’encadrer, la démission de Nicolas Hulot pose également la question du rapport entre exercice du pouvoir et enjeux de long terme. Elle nous rappelle que face à l’urgence climatique, la politique des “petits pas” ne saurait suffire. Elle nous rappelle enfin la difficulté de concilier une politique ambitieuse de protection de la planète avec un modèle de production court-termiste toujours plus vorace en ressources et toujours plus inégalitaire. 

L'équipe
Production
Avec la collaboration de
ⓘ Publicité
Radio France ne vous demandera jamais de communiquer vos coordonnées bancaires.

France Culture

est dans l'appli Radio France
Direct, podcasts, fictions

INSTALLER OBTENIR

Newsletter

Découvrez le meilleur de France Culture

S'abonner
À venir dans ... secondes ...par......