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Des sauveteurs tentent de trouver des rescapés après l'effondrement du barrage à Brumadinho

Brésil : la chute du barrage minier

3 min
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La ville de Brumadinho vient d'être en partie détruite par l'effondrement d'un barrage minier. Des catastrophes qui se multiplient dans un pays qui a décidé de placer le développement économique devant l'impératif de protection des citoyens et de l'environnement.

Des sauveteurs tentent de trouver des rescapés après l'effondrement du barrage à Brumadinho
Des sauveteurs tentent de trouver des rescapés après l'effondrement du barrage à Brumadinho Crédits : Getty

Le 25 janvier dernier, la ville de Brumadinho, à 60 kilomètres de Belo Horizonte, était dévastée par une coulée de boue, dévalant les collines environnantes, depuis la mine de Corrego do Feijao. 

En quelques minutes à peine, c’est toute une partie de la ville qui a été emportée par le déversement : des millions de litres de terre et d’eau, chargés de déchets miniers. Le dernier bilan établi par les autorités brésiliennes, faisait état de 65 morts et de plus de 300 disparus. 

Il faut dire que la ville est enserrée dans un complexe industriel et minier de 13 barrages aux proportions gigantesques exploité par le géant brésilien du minerai, l’entreprise Vale. Le barrage qui a cédé le 25 janvier dernier était pourtant « désactivé », je cite, depuis trois ans, mais contenait toujours treize millions de mètres cubes de boue. Un véritable danger à ciel ouvert, que les autorités locales ont préféré ignorer.

Pourtant des contrôles avaient bien été effectués sur le site, conformément aux réglementations en vigueur. C’est en tout cas ce qu’affirme l’Agence nationale des mines, en charge de la délivrance des permis d’exploitation et du contrôle des sites qui a affirmé, dans un communiqué, que le barrage en question avait bien subi les contrôles nécessaires par une entreprise tierce indépendante.

Il convient toutefois de préciser que ce bureau d’étude présenté comme indépendant travaille quasi exclusivement pour l'entreprise Vale et que ses conclusions ont été plusieurs fois remises en cause par des scientifiques qui en contestent l’impartialité. 

De même, le secrétariat à l’environnement de l'Etat du Minas Gerais avait, dans une réunion du 11 décembre dernier, évoqué explicitement le risque d’une rupture de ce barrage, sans que cela n’empêche ses membres de voter un renouvellement du permis d’exploitation. Un véritable aveuglement collectif et volontaire de la part des autorités dont le seul objectif était de protéger, coûte que coûte, l’activité. 

Il faut dire que les enjeux économiques étaient particulièrement importants. Le géant minier, Vale, premier producteur de minerai de fer au monde est également le premier employeur de la ville. Ce qu’explique le maire de Brumadinho dans une interview : « Vale est très importante pour nous, elle représente plus de 1000 emplois et 60% de nos ressources fiscales ».  Difficile dans ces conditions de se montrer trop ennuyeux ou trop tatillon avec celui qui fait vivre une partie importante de ses concitoyens. 

Une fois de plus, c’est donc une logique économique de court terme qui s’est imposée, aux dépens d’une vision de long terme, de protection des espaces et des hommes. 

Mais ce manque de contrôle dépasse largement le cas de Vale et de Brumadinho. Comme l’explique dans le Monde, Léticia Marques, une professeure en droit environnemental à l’université de Sao Paulo, « la loi au Brésil est suffisamment rigoureuse, elle impose des obligations très strictes pour préserver l’environnement ». Le problème c’est qu’il n’y a personne pour les faire respecter. Les moyens humains et financiers des organismes en charge de leur application ont fondu comme neige au soleil ces dernières années.

Une catastrophe qui risque donc de se reproduire. De l’aveu même du ministre chargé du développement régional, le Brésil ne dispose pas des ressources suffisantes pour réviser l’ensemble des barrages présentant un risque : soit tout de même près de 4000 structures sur l’ensemble du territoire brésilien. Il y a donc tout à craindre que ces accidents se multiplient alors que le nouveau président Jair Bolsonaro, s’est déclaré lui-même hostile à tout renforcement des contrôles de l’industrie et s’est fait le champion de l’exploitation sans restriction. 

Mais la situation préoccupante du Brésil ne doit pas nous faire oublier qu’à quelques milliers de kilomètres de Brumadinho, on s’apprête à construire, selon les mêmes logiques, une immense mine d’or au cœur d’une zone protégée de la forêt amazonienne. 

Il ne s’agit pourtant pas ici d’un manque de contrôle des autorités brésiliennes, puisque le projet de « Montagne d’or » se trouve en plein territoire français. Un projet d’exploitation minière qui fait pourtant peser d’immenses risques de contamination et de destruction de l’environnement, au nom de la croissance et du développement, bien évidemment. 

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