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 Carte de geographie de l'Italie tiree de "Theatrum Orbis Terrarum" d'Abraham Ortelius

Italie : la politique prend l'eau, le marché est couvert

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L'Italie a été l'objet d'une attaque en règle des marchés qui craignent la mise en place d'un gouvernement eurosceptique. Les marchés jouent au gendarme d'un jeu politique pourtant bouleversé par le sentiment anti-austérité et anti-européen.

 Carte de geographie de l'Italie tiree de "Theatrum Orbis Terrarum" d'Abraham Ortelius
Carte de geographie de l'Italie tiree de "Theatrum Orbis Terrarum" d'Abraham Ortelius Crédits : LEEMAGE - AFP

Il n’y avait qu’à lire la presse ces derniers jours pour être soi-même pris de panique : “l’Italie au pied du mur”, “le retour de la peur” ou encore “l’angoisse des marchés mondiaux”. C’était le retour des phrases lapidaires, mises en exergue pour décrire la mauvaise passe que traverse aujourd’hui la péninsule à l’heure de la formation de son nouveau gouvernement. 

Et pour cause : l’ensemble des indices financiers ont connu une chute impressionnante mardi dernier. La bourse de Milan s’est effondrée, le fameux SPREAD, écart entre les taux souverains de l’Allemagne et de l’Italie, s’est envolé. L’Italie est sommée de rembourser sa dette avec 3% d’intérêts, contre à peine 0.3% en Allemagne. Le réveil est brutal alors que les marchés étaient restés de marbre suite aux résultats des élections générales de mars. 

Un retournement des marchés

La main invisible du marché recoupe en réalité les intérêts et la volonté d’investisseurs et de spéculateurs, amplifiant la puissance du choc. A la moindre secousse - ou la moindre déconvenue - le mot d’ordre se propage comme une traînée de poudre : tous aux abris. Les agents se réfugient vers les valeurs prétendument plus sûres : celles de l’Allemagne, naturellement. 

En l'occurrence, le déclencheur de cette panique de pompiers pyromanes a été l’incapacité du président Sergio Mattarella de former un gouvernement avec la Ligue et le Mouvement 5 étoiles. Jusqu’alors, les marchés espéraient un miracle, une alliance, ou tout simplement, un gouvernement technocratique, à l’encontre de la volonté populaire.

La tentation d'un gouvernement technocratique

On peut d’ailleurs aisément comprendre la décision de cet européen convaincu de mettre un veto à la candidature de l’eurosceptique Paolo Savonna, au poste de ministre des finances, alors même que ni la Ligue ni les Cinque Stelle ne proposaient de sortie de l’euro dans leur programme. 

Mais tenter de mettre en place un gouvernement technocratique, chapeauté par un ancien du FMI, alors même que ces élections consacraient le rejet de l’Union européenne et des politiques d’austérité, relevait d’une ironie et d’un cynisme, que n’étaient prêts à accepter ni la chambre nile peuple italien. 

S’il a finalement fait machine arrière en formant un gouvernement issu des rangs de la Ligue et des 5 étoiles, le mal était fait. Le Président de la république était désormais perçu comme celui faisant obstacle à la démocratie et la volonté populaire. 

"Les marchés vont apprendre aux italiens comment voter"

Les marchés agissent de plus en plus comme des analystes politiques. Or, ils ont bien compris que si nouvelles élections il devait y avoir, ce serait un raz-de-marée pour la Ligue qui pourrait alors laisser libre cours à ses velléités eurosceptiques. Et de cela, il n’était pas question. 

La réaction des marchés a donc été à la fois une réaction et une sanction : une forme de frappe préventive pour rappeler qu’ils n’entendaient pas du tout se satisfaire d’un gouvernement anti-européen. C’est d’ailleurs ce que s’est empressé de rappeler le Commissaire européen allemand, Günther Oettinger, qui a déclaré lors d’une récente intervention médiatique que “_les marchés allaient apprendre aux italiens comment vote_r”. Une déclaration surréaliste qui n’est toutefois pas surprenante tant l’Allemagne est en tête de pont pour faire respecter les dogmes du néolibéralisme en Europe.

Il est d’ailleurs intéressant de voir qu’après les coups d’éclats des leaders de la Ligue et du Mouvement cinq étoiles, le nouveau gouvernement a rapidement abandonné tout objectif de changement économique, reportant l’attention des électeurs et des médias vers la question migratoire. Exit la question d’une lutte contre le libre-échange, bonjour la flat tax, passion des réformateurs libéraux depuis près de trente ans. 

C’est pourtant cela qui devrait occuper les marchés, car la majorité des électeurs de la Ligue et des Cinq étoiles ont voté pour dénoncer et sanctionner les méfaits de la dérégulation économique, qui asphyxie à la fois les paysans du Pô et les ouvriers de Calabre. 

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