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Abattoirs industriels de la Manche à Sainte Cécile

Abattoirs : innover pour mieux tuer?

3 min
À retrouver dans l'émission

L'élevage et l'abattage des bêtes s'est transformé en un processus industriel visant à produire toujours plus de "matière animale". Des dérives qui sont aussi le fruit de notre volonté de cacher l'origine animale de la viande. Une origine qui resurgit grâce aux vidéos de l'association L214.

Abattoirs industriels de la Manche à Sainte Cécile
Abattoirs industriels de la Manche à Sainte Cécile Crédits : CHARLY TRIBALLEAU / AFP - AFP

La maltraitance animale au cœur des abattoirs

Il semblerait que pas une semaine ne passe sans que les militants de L214, cette association de défense des animaux ne dévoilent de nouveaux cas de sévices dans des abattoirs. 

Le dernier en date, situé à Boischaut dans l’Indre, vient donc rejoindre la longue liste des lieux de mise à mort ne respectant pas les critères les plus élémentaires de respect de la dignité animale. Sur les images de cet abattoir, pourtant estampillé du joli tampon vert de la filière bio, on voit des bêtes suspendues par une patte, saignées alors qu’elles sont encore conscientes ou encore découpées vivantes. 

Le pouvoir politique semble pourtant prendre conscience de la nécessité de faire évoluer ces pratiques d’abattage. Le ministre de l’agriculture a ainsi demandé la suspension immédiate de l’activité du site. Une énième demande, concernant un énième abattoir, sans que les pratiques ne semblent véritablement évoluer, pas plus que les contrôles ou les mises en conformité. 

Des logiques d'industrialisation, de concentration et de privatisation

Pour le chercheur Séverin Muller, auteur d’une enquête approfondie sur les abattoirs, cette paralysie est d’ailleurs constitutive de l’évolution des espaces de mise à mort animale depuis le 19e siècle. En recherchant les logiques d’efficacité et d’accroissement du profit, propres au capitalisme, les lieux d’abattage ont suivi les logiques classiques du marché par un processus d’industrialisation de concentration et de privatisation. 

Les abattoirs se sont même pleinement intégrés à l’économie mondialisée puisque ce sont aujourd’hui quelques grands groupes qui gèrent la plupart des abattoirs dans le monde, par des fusion et rachats bien connues dans les autres secteurs de l’économie. 

Un processus de libéralisation qui transforme aussi la conception du rôle de l'Etat. C’est également ce que met en lumière le travail de Séverin Muller qui nous décrit la mutation du rôle de l’Etat face aux entreprises privées de l’agroalimentaire. Il explique ainsi que tout en se désengageant et en privatisant le travail de contrôle sanitaire, l'Etat a multiplié normes et règlements, comme une réaffirmation paradoxale de son impuissance à agir. 

Le chercheur rappelle pourtant comment les abattoirs avaient été pensés et promus comme des espaces de respect et d’encadrement des règles sanitaires. Si l’on ne pense pas à la souffrance animale au 19e siècle, la création de lieux spécifiques participe tout de même d’une volonté de mieux tuer. On dissocie les métiers de boucher et d'équarrisseur et on déplace le procédé de mise à mort en dehors des villes. 

Cacher cette mort que nous ne saurions voir

Il y a aussi une volonté de cacher un processus que l’on commence à juger sale, inconvenant.  Jusqu’alors la viande est directement associée à l’animal vivant que l’on voit quotidiennement mourir. Les bêtes sont mises à mort dans l’arrière boutique du boucher, parfois même débordent sur la voie publique, jonchée de sang, de viscères et de carcasses. 

Mais au tournant du 19e, cette réalité devient insupportable. Dans une volonté plus large de nettoyer la ville de ses impuretés, la mise à mort doit être délocalisée, mise à distance de nos regards quotidiens. Le meurtre des bêtes doit devenir invisible. 

On voit alors fleurir, sur tout le territoire, des abattoirs ayant pour fonction première d’occulter de l’espace public l’institution de mise à mort animale. Oubliant collectivement le rapport charnel qui unit l’animal dans nos champs à la viande dans notre assiette, la mise à mort animale devient une forme de procédé symbolique et mystérieux qui transforme, loin des regards, la bête en steak.

Au-delà de leur dimension insupportable, insoutenable même, du fait de la violence pure qu’elles dévoilent, les images de L214 permettent donc de faire surgir une réalité que nous avons voulue trop longtemps cachée. Elles opèrent comme révélateur des dérives d’un système qui, sous couvert d’élevage, revient en réalité à une production de matière animale. 

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