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Airbus : la retraite dorée de l'ancien PDG

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L'avionneur européen doit annoncer demain, lors de son assemblée générale, le départ de son PDG, Tom Enders. Le patron allemand devrait partir avec une enveloppe de près de 37 milliards d'euros, alors même que son bilan, à la tête d'Airbus, est plus contesté.

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. Crédits : AFP

Le PDG d'Airbus Group, Tom Enders, a décidé de s’envoler vers d’autres cieux à bord d’un parachute en or massif. L’assemblée générale d’Airbus, qui se tiendra demain à Amsterdam, devrait ainsi valider l’attribution d’une enveloppe de près de 37 millions d’euros à son ancien président directeur général. 

C’est en tout cas le calcul qu’effectue le cabinet de conseil Proxinvest, spécialisé dans l’analyse des rémunérations de grands dirigeants. Ainsi, le cabinet estime que Tom Enders aurait droit à une retraite de 26,3 millions d’euros sur vingt ans. Une coquette somme à laquelle s’ajoute l’attribution d’actions pouvant lui rapporter plus de 7 millions d’euros en l’état actuel du cours d’Airbus. 

Enders devrait enfin bénéficier d’une clause de non-concurrence, compensée par une indemnité de 3,2 millions d’euros. En clair, on paie l’ancien patron d’Airbus pour qu’il ne vende pas au plus offrant, tous ses secrets, dès son départ de l’entreprise. Tom Enders a néanmoins renoncé à toute prime de départ. Nous voilà rassurés. 

Et rien n’est fait pour empêcher ce type de pratique. Alors même que le candidat Hollande promettait lors de la campagne de 2012 de limiter les écarts excessifs de rémunération au sein de l’entreprise, cette promesse fut rapidement enterrée par le président Hollande. S’il a consenti à limiter la rémunération des dirigeants d’entreprises publiques à 450 000 euros annuels, le gouvernement s’est contenté pour le privé d’en appeler à une autorégulation des entreprises côtés. En clair, ce sont les actionnaires qui votent, en se référant à une charte de bonne gouvernance élaborée par les organisations patronales elles-mêmes. 

Mais dans le cas d’Airbus, la question est encore plus complexe, car par un tour de passe-passe juridique, l’entreprise Airbus -pourtant détenue historiquement par l'Etat français et allemand- est sise...aux Pays-Bas. Il faut dire que la météo fiscale y est particulièrement favorable. 

Toujours est-il que grâce à cette immatriculation néerlandaise, le groupe Airbus peut appliquer la législation associée et attribuer à Tom Enders la rémunération qui lui convient, sans les maigres contraintes du système français. 

En réalité, de  nombreux observateurs critiquent l’inadéquation entre cette retraite hors-norme et le bilan pour le moins mitigé de l’ancien PDG. Certains accusent même Major Tom d’avoir sciemment affaibli Airbus au profit de son concurrent américain. C’est ainsi la thèse d’un article de Marianne intitulé Comment l’oncle Sam a mangé Airbus et dans lequel le journaliste Emmanuel Levy raconte une succession de faits, pour le moins troublants, qui auraient conduit à un affaiblissement de l’avionneur européen.

Il revient bien entendu sur sa décision, plus que controversé, de mettre fin à la commercialisation de l’A380, au nom d’un prétendu aggiornamento industriel, qui laissait en réalité le champ libre à Boeing en matière d’innovation et de conquête. Il rappelle également comment l’ancien PDG s’est attaché à détricoter les systèmes de recherche et de financement de l’avionneur européen, au nom d’une prétendue indépendance vis à vis des Etats.

Mais il retrace surtout l’atlantisme affiché de Tom Enders qui s’est entouré systématiquement d’une équipe d’anglo-saxons plus ou moins proches des intérêts de Washington. De nominations discrètes en décisions douteuses, le journal retrace comment la présidence de Tom Enders a entraîné un basculement des forces vives d’Airbus de l’autre côté de l’Atlantique. 

Cette retraite dorée serait donc d’autant plus problématique que Tom Enders ne l’aurait franchement pas méritée. Mais il faut faire attention à ce type de conclusion, qui pourrait laisser entendre qu’il serait légitime, pour le meilleur des capitaines d’industrie, de toucher une telle somme. A l’heure où les citoyens, en France comme ailleurs, réclament plus de justice fiscale, ce type de rémunération apparaît à la fois anachronique et profondément inique. Reste à savoir si le gouvernement se contentera de son habituel froncement de sourcil ou s’il s’attaquera enfin à cet enjeu de cohésion sociale. 

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