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Rencontre entre le ministre de l'Economie et des Finances italien, Giovanni Tria et le commissaire européen Pierre Moscovici

Dette italienne : la fabrique de la défiance

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Alors que la Commission européenne entame une procédure pour endettement excessif contre l'Italie, les commentaires se multiplient appelant l'Italie à revenir sur la voie de la raison économique et budgétaire, révélant l'usage politique et de pouvoir qui est désormais fait de la dette.

Rencontre entre le ministre de l'Economie et des Finances italien, Giovanni Tria et le commissaire européen Pierre Moscovici
Rencontre entre le ministre de l'Economie et des Finances italien, Giovanni Tria et le commissaire européen Pierre Moscovici Crédits : Stefano Montesi - Getty

Mais oui, alors que la Commission européenne vient d’entamer, dans sa grande sagesse, une procédure pour endettement excessif contre Rome, médias et observateurs sont aux aguets, dans l’attente d’une réaction des marchés qui viendrait montrer aux Italiens ce qu’il en coûte de désobéir aux sacro-saintes règles de l’efficience budgétaire.

Une fébrilité encore aggravée par la relative déconvenue du gouvernement lors de son appel patriotique aux épargnants italiens, les encourageant à acheter des bons du Trésor. Le ministre d’extrême droite, Matteo Salvini, entendait effectivement faire la démonstration de son indépendance vis à vis de ses créanciers en mobilisant les bas de laine de ses concitoyens.

Une opération qui n’a pourtant permis de lever que 860 millions d’euros. Ce qui représente la plus mauvaise « récolte » depuis la mise en place de ce système d’émissions de bons du Trésor à destination des épargnants, en 2011. On voit donc se multiplier les analyses et les éditoriaux nous expliquant que cet échec relatif serait le signe d’une perte de confiance des Italiens vis à vis de leur gouvernement.

En clair, les habitants de la péninsule se seraient rendu compte du caractère irréaliste et dangereux des réponses formulées par la coalition des populistes et des extrémistes. Il serait donc nécessaire, vital même, de cesser ces errances politiques et de revenir à une forme de sérieux économique et budgétaire.

Or si l’on peut évidemment dénoncer les dérives d’un gouvernement italien xénophobe et … on ne peut dans le même temps feindre d’ignorer que ce sont justement ces politiques d’ajustement budgétaire et d’austérité qui ont poussé les Italiens dans les bras de partis europhobes. Difficile donc de déplorer aujourd’hui les effets dont on chérit par ailleurs les causes.

Il faut dire que l’Italie a toujours constitué un laboratoire d’expérimentation politique et démocratique, pour le meilleur mais aussi pour le pire. Après les frasques égotiques d’un Silvio Berlusconi, ce sont les experts et les techno-démocrates qui ont été appelés au pouvoir pour gérer l’intendance d’un pays prétendument aux abois.

Le problème c’est que loin d’imaginer des politiques publiques alliant un impératif démocratique à la nécessité de justice sociale, ce sont encore une fois les mêmes recettes, bien connues, de la libéralisation, de la flexibilisation et de l’ouverture des marchés qui ont été choisis comme potion magique universelle aux maux de la péninsule.

Une succession de gouvernements et de politiques qui frappe tant elle apparaît comme une vision prophétique et hallucinée des évolutions que pourraient suivre d’autres pays européens dans les temps à venir.

En réalité, vous nous dites que ces réformes ont surtout un usage politique et de pouvoir. On se rappelle d’ailleurs les bons conseils dispensés par le ministre italien des finances, Pier Paolo Padoan, à son homologue grec Yanis Varoufakis, au moment des négociations, musclées, pour le prétendu plan de sauvetage de la Grèce.

En marge de ces discussions, le ministre italien lui avait ainsi expliqué que s’il voulait que ses créanciers, allemands, néerlandais et autres membres zélés de l’eurogroupe, le laissent tranquille, il n’avait qu’à mettre en place les réformes du marché du travail et des retraites, tout droit sorties du manuel du parfait petit libéral. Après ça plus de problème.

La dette opère donc comme une arme de pouvoir. Après avoir émergé comme un objet médiatique et politique au début des années 2000, c’est la bien nommée « crise des dettes souveraines » qui donne à cet instrument toute sa puissance coercitive. Elle permet d’agiter perpétuellement le risque d’effondrement financier pour légitimer les politiques les plus injustes et anti-sociales. On se rappelle ainsi du drame de la Grèce que l’on s’est efforcé de « sauver » en l’asphyxiant économiquement.

Or des politiques alternatives existent. On peut penser à la coalition au pouvoir au Portugal qui, prenant ses distances avec le dogme budgétaire, a décidé de mener une série de politiques sociales et de relance, permettant de réduire le chômage et de relancer la croissance. Si cette politique ne constitue pas une solution miracle puisqu’elle néglige les investissements d’avenir que sont l’éducation ou la santé et continue de s’ancrer dans une logique de respect des traités, elle montre cependant qu’un chemin est possible hors du diktat politique de la réduction de la dette.

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